Peut-on juste s'arrêter de pédaler ap 2 ans de #voyage à #vélo?... Oui, en devenant complétement #accroc à la #Toblerone ! #Genève - #Hanoi 2 months ago
How to cross the #Caspian Sea by #cargo from #Baku to #Aqtau? We did it for you with 3 little #kids http://t.co/qwtWlz1p #travel #photo #rtw 2 months ago
Manu en rentrant de l'école: "Maman, sommes-nous pauvres?" Lendemain: "Mes copains ne connaissent même pas les goûters maison!" - Bingo! :-) 2 months ago
Le printemps n’avait pas encore pointé son nez au moment ou nous quittions Istanbul par cette fraiche soirée du mois de mars 2011. Un dernier au revoir à Beni, puis nous nous embarquions sur le ferry pour définitivement quitter la côte européenne pour nous plonger dans l’Asie, mineure peut-être, mais l’Asie tout de même. Nous avions prévu de rejoindre Izmir sur la côte ouest turque par un bus de nuit.
Après la parenthèse malgache hivernale nous ne nous sentions pas encore d’attaque pour le terrain par trop accidenté de la Turquie. Nous avons donc concocté un programme de reprise de voyage en douce, censé nous remettre sur les rails progressivement pour pouvoir accéder aux montagnes qui deviendraient inévitables un moment ou l’autre.
De nombreuses compagnies de transport se partagent les différentes régions de Turquie.
Mais nous en n’étions pas encore là. La gare routière de Harem se trouvant sur l’autre rive du canal du Bosphore n’était qu’une gare de ramassage pour nous amener à une gare centrale à la périphérie d’Istanbul (Samandira) et d’où partirait notre bus. Il n’était que neuf heures du soir. Le départ prévu était vers minuit. Largement le temps de plier les remorques et de préparer les bagages et les vélos. En fait avec le métier qui rentrait, nous n’avions désormais plus besoin que de 15 minutes pour tout préparer, au milieu d’une foule de curieux et au son des cris des aguicheurs des compagnies de bus.
A la gare de ramassage de Harem, Istanbul. L'heure avance.
Minuit. Les enfants s’étaient endormis sur la banquette. Nous embarquions pour le transfert vers la gare de Samandira où notre bus définitif nous attendait, nos places étant réservées. Les vélos et remorques sont sorties rapidement pour être transférés. Les enfants tirés de leur sommeil, titubaient de sommeil mais ne semblaient pas outre mesure dérangés par le remue-ménage.
Nous procédions toujours de la même manière, Ella installée sur mon dos, je m’occupait des enfants et de surveiller les bagages. Tandis que Patrick transférait vélos, remorques et bagages. Le bus allait partir dans les cinq minutes et c’était un peu le stress. Mais, oh mauvaise surprise, les soutes du bus n’était pas seulement pleines mais aussi compartimentés différemment que ceux que nous avions connus auparavant. Nos vélos n’avaient pas la place à moins d’être démontés davantage. Le chauffeur s’excitait sérieusement: l’heure était l’heure. Nous n’avions qu’à envoyer nos vélos par le service cargo. Mais après vérification ce service ne voulait pas prendre en charge nos vélos. Le chef de gare nous fit tous sortir du car. Il était de méchante humeur et voulait se débarrasser de nous à tous prix. Nous nous retrouvions en bien mauvaise posture au milieu de la nuit et de nulle part. Qu’à cela ne tienne, nous décidions de faire le siège dans la gare pour l’obliger à nous trouver une solution. Il ne suffisait pas de nous rembourser les billets pour être quitte du problème…
Au guichet.
S’en suivit une très longue nuit, les enfants se sont rendormis après un berlingot au chocolat, toujours indifférents au tumulte ambiant. La salle de gare se vida peu à peu et les employés s’affairaient à nettoyer les tables et le sol. Bientôt nous étions les seuls avec une poignée de voyageurs. Il était 2 heures du matin. Un deuxième chef de gare avait prit la relève pour la nuit et se montra de meilleure volonté pour nous trouver une solution. J’essayais de dormir, mon bonnet baissé sur les yeux pour me protéger de la lumière crue des néons. Patrick s’affairait dehors et surveillait nos bagages, sans doute trop préoccupé pour pouvoir s’assoupir.
Rencontre du 3ème type à 3h du mat avec un grand fan des films de guerre du Vietnam et de Sylvester Stallone en particulier.
3 heures 30 du matin, Patrick me réveilla. Nous changions de gare. Les lumières de la ville éclairaient la nuit. Istanbul, ne dormait jamais et l’autoroute semblait nous emmener au bout de nulle part dans une zone encore plus reculée (gare de Dudullu). Les enfants ne se réveillèrent même pas pendant ce troisième transfert.
4 heures du mat’. Patrick s’endormit malgré le froid humide de la nouvelle salle d’attente, épuisé de fatigue et rassuré: nous aurions un bus pour 9 heures 30 du matin.
5 heures 30 du mat’, Ella fut réveillée par les premiers voyageurs qui peu à peu remplissaient la salle d’attente. Heureusement en Turquie, pouvoir manger partout était la règle et l’épicerie-café attenante était remplie de victuailles.
Escale pipi. Les garçons visiblement en pleine forme!
8 heures 30. Notre car arriva et les coffres étaient cette fois-ci assez larges pour nos bagages. Les garçons étaient en pleine forme mais Patrick était hors course. Heureusement le car était munis d’écrans tactiles avec Cartoon Network et le trajet comportait une pause de 1 heure avec une traversée en ferry de la mer Marmara. Après 3 heures de trajet, nous avions droit à 20 minutes chrono pour nous restaurer (spécialités de marrons glacés (Kestane sekeri) à Bursa) et aller au petit au petit coin.
Le voyage a toujours son lot de surprises et la facilité est un cadeau à prendre. Voilà une première journée en car qui par la force des choses allait nous donner l’envie de pédaler à nouveau, après ces trois mois de pause hivernale et d’apprécier l’autonomie que nous confère le voyage à vélo dans tous les sens du terme.
17 heures. Izmir était à nos pieds. Nous à terre.
Nos vélos dans une soute d'un bus Mercedes Travego 46.
A propos, si la taille de vos bagages dépasse certaines mensurations, évitez les voyages en bus Setra et préférez ceux de Mercedes (notamment le modèle Travego 46), dont la soute n’est pas partagée en deux dans la verticale… Vous pouvez souvent vérifier le modèle du bus sur les horaires des sites des compagnies de transport routier turques (p.ex. Metroturizm).
Nouveau: désormais il y a une musique associé aux photos! Cliquez sur « undefined » en-dessous puis appréciez!
Dimanche passé nous avons visité la citadelle de Hanoi. C’était une journée de crachin typique. La citadelle fournissait néanmoins un endroit parfait pour sortir les enfants. Un défouloir à grands espaces, loin du ronronnement constant du trafic hanoïen, quelques escaliers à escalader, une exposition de l’urbanisme de Hanoi du début de l’époque coloniale à la fin de la deuxième guerre mondiale, des sites de fouilles, une magnifique exposition de bonsaïs. Rien de comparable aux sites d’Angkor, mais la garantie d’une sortie familiale dominicale réussie.
La porte Doan Mon
Construite au début du 11ème siècle, la citadelle Thang Long fut le centre politique et administratif de l’empire vietnamien jusqu’en 1810 et le déplacement de la capitale à Huê. Durant l’occupation coloniale française de l’Indochine la citadelle fut majoritairement détruite au détriment de palais néoclassiques et de baraquements militaires. Après la débâcle française de Diên Biên Phu en 1954 et durant la guerre du Vietnam on y trouva le centre névralgique du commandement militaire vietnamien. Le général Vo Nguyen Giap y avait installé ses bureaux dans le bâtiment D67, non loin des bouches de tunnel de secours.
Bâtiment D67, ancien centre de commandement du Général Vo Nguyen Giap
Le site fut progressivement abandonné par les militaires pour être réouvert au public en 2004 et finalement inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2010. Des fouilles y furent menés à partir de 2002 en raison du projet de construction d’une nouvelle assemblée nationale sur une partie du terrain.
Cargo boat in Baku old port departing to Turkmenistan.
This post provides some essential information to travellers wishing to take the ferry-boat on the way to the silk road from Baku, Azerbaijan, to Aktau, Kazakhstan. It reflects informations personally gathered in the field during summer 2011. We have learnt it the hard way with our three children, the bikes, trailers in midst of the summerheat and have spent quite some time and sweating to get the precious tickets and finally crossing the Caspian sea by cargo. So we hope this post will help you, dear traveller, to enjoy Baku even more than we were able to…
Although many informations can be found from travellers taking the boat from Baku to Aktau on the internet via guide books, travel blogs and forums, precise informations are scarce, spread around and some are even outdated as things have undergone some changes in recent past.
Most notably port facilities have been renewed, extended and therefore the location of the ticket-booth as indicated in some guides (Mark Elliots excellent « Azerbaijan » guide for instance) is no longer valid, as it has moved several kilometers away, to the new port. More on this later.
Cargo-ferry-boat service
Our 4 people cabin in the Baku-Aktau ferry boat.
The one and only azeri state-owned cargo-ferry-boat service available in Baku is running without schedule, solely depending on demand, weather and other things you and I have no grip on it. It is said that it usually runs about once every 7 to 10 days, a bit more frequently in summer. During our 10 day stay in Baku from end of July to beginning of August 2011, we for sure knew of 2 train-cargo ships and one truck-cargo ship leaving Baku to Aktau. We took one of the former.
The truck cargo ship mainly transports… lorries as well as all kind of vehicles (cars, motorbikes). The one we saw left from the new port. They apparently are reluctant to board bike-travellers on this type of cargo boat, as bikes are not meant to be charged. It is therefore more profitable to fill the cabins (and the ship) with people who are coming with and paying for their car or lorry. So you will probably be encouraged to take a train-cargo boat, which does only take people without motor vehicles or just with bikes. This type of ship we took had only two 4 people cabins equipped with toilet and shower available for passengers (plus a communautary room for groups with seats, tables and sofas but without beds, nor showers). Do not necessarly expect that all toilets and showers in the cabins work though.
Nevertheless, if your visa is running out and you are willing to pay the price, it might be possible to get onto the ship with the trucks…
How and where to buy tickets
Baku bay with the old port on the left, the new port on the right.
The new port where you can buy the tickets is about 8 km east outside central baku. About 200 meters after a petrol station and a big « Mebel » warehouse is a sign (« Ro-Ro Terminal ») where you have to turn right and go straight down to the port entrance. If on the main road you arrive at a big intersection with a café called « Nargilé » at the north-east corner, it means that you missed the sign and went about 200 meters to far. After passing the guarded fence, the booth is in the the hut just at the west (or your right) from the fence. About 50m further is a big new building where you can find the lady selling the tickets, if she is not present in the booth. It should be noted that altough she can speak some english, you will be better off with russian (she is ethnic russian) and that she has quite a reputation among travellers. You will recognize her easily by her glittering appearance.
The old port in Baku with view on the city.
More often than not the guardians at the gate or the lady will tell you to come back to check every day if a boat is on the departure and only then will be willing to sell you a ticket. So a good option is to gather her mobile number and to call every day to inquire, maybe with the help of some russian-speaking person. It is also possible to get some informations and help from lorry drivers standing in line and waiting for cargo delivery at the old port or at an office at the old port, but in the end only the glittering lady at the new port will be able to sell the tickets (even if herself might tell you otherwise).
In order to buy the tickets, you will need your passport with valid visas for Azerbaijan and Kazakhstan and the papers for your motor vehicle.
If things turn wrong and in last resort, it may be necessary to find out how to contact some people with influence to bend things the way how you think they should be, as we had to… but in last resort only and with good reasons.
The price
The official price as adverted in the ticket booth in August 2011 for a one-way crossing from Baku to Aktau was 87 Manat per person. Motor vehicles were charged 80 US$ per meter. Bikes are for free (as were the trailers for our children). Children might be asked to pay half price, which will entitle them to have their own bed in the cabin. If you do not need, they should travel for free. But you should also be aware that once on the boat, it might turn out like first-come-first-served. So do not take the cabin and the bed for granted if it gets crowded on the boat.
Getting on the boat and finally the sea crossing
Sandra, Ella and Manu and some workers from Azerbaijan on the way to Kazakhstan.
When finally your day will have arrived they will probably tell you to hurry and run to the port (the old port for the train-cargo) to catch it. Most of the time you will have some margin, as decharging and recharging the boat as well as manoeuvering the train cargo will take some time. For instance we were asked to present ourselves at the port at 7am, actually arrived at 9am, boarded at 3pm and finally left at 2am. The truck drivers as well as the guardians of the old port customs will be able to inform you more exactly about the (intended) schedule and you will maybe have some time to get some food and drinks for the journey, if you have not yet done so.
Although the usual crossing is meant to take about 18 to 24 hours from Baku to Aktau, you have to be aware that it can also last 96 hours or more (as it did for us) if weather conditions are defavorable. In fact these ships due to their huge lateral area they present are very sensitive to wind conditions. So you might find yourself waking up several mornings in a row with the same sight on Baku just a few kilometers away from the coast…
For an unexpected and unusually extended stay on the ship and precluded you have a normal relationship with the kitchen personal, they will provide you with food for the time being. Drinking water and tea are freely available on board.
Do not be surprised if the ship crew asks for your passport and actually keeps it for the whole journey. It is the rule for everyone. They will take care of the formalities with the kazakh immigration at the arrival in Aktau and hand you out your passport when everybody is cleared to leave the boat and to proceed to the kazakh customs on land.
Getting a kazakh visa
Arrival at Aktau port in Kazakhstan.
It is pretty straightforward and relatively cheap to get a kazakh visa for one, three or six months in Tbilisi, Georgia. Be careful to check the prices for visas at the kazakh embassy (website) of your country first. The employees at the embassy will show you their full gratitude if you can help them remember how much a visa should cost to you and your kids if there are any…
Les auberges de jeunesse étaient de véritables viviers humains. Non pas que je me réjouissais de ces quelques jours à dormir à vingt dans une odeur de chaussettes mouillés, mais le prix d’une nuit en dortoir défiait toute concurrence et les rencontres étaient moins édulcorés que dans un quatre étoiles, alors que nous devions quitter l’appartement où nous étions logé à Istanbul jusqu’à là (càd en tout et pour tout 2 mois et demie!) pour quelques jours. Les garçons adorèrent leur lit à étage, d’autant que la neige avait revêtu la Mosquée Bleue et le musée Sainte Sophie de son blanc manteau, juste en face. Ella, du haut de ses un an et quelques, s’endormait partout pourvu que son nez délicat respire l’odeur des seins de sa mère.
Voyageuses dans l'âme, babysitter à l'occasion...
Nous ne détonnions pas trop dans la faune touristique. En face de nous, un jeune russe de 20 ans vivait là depuis un mois, ce qui lui donnait le privilège de choisir le meilleur lit, vis à vis d’un des deux chauffages électriques du dortoir. Pendant deux nuits, par ailleurs glaciales, deux charmantes américaines, qui parcouraient le monde depuis la fin de leur diplôme en donnant des cours d’anglais, donnèrent au dortoir une note de fraicheur printanière. Elles avaient à peine mis 24 heures pour trouver un travail et un appartement dans cette cité dynamique.
Et dans un élan d’enthousiasme elles nous avaient proposé de garder nos trois mioches. Il ne va pas sans dire que nous avons profité de l’occasion pour nous offrir une sortie au hammam en amoureux. A notre retour nous pouvions que constater la remarquable implication de tout le dortoir à faire dormir Ella, non sans peine, mais néanmoins couronnée de succès. Ce devait cependant rester une proposition unique…
L’homme en cuir noir
Beni à la cantine de l'auberge.
Un matin que nous jouions des coudes avec un groupe organisé de touristes français pour avoir une place au petit déjeuner, un homme nous invita à sa table. Beni (prénom changé à la demande de la personne) était tunisien et parlait couramment le français et l’allemand. Il était proche de la quarantaine, baraqué avec une veste de cuir de couleur foncé qui lui donnait un air de dur à cuire, penchant police secrète.
Arrivé quelques jours avant nous et grâce à ses talents linguistiques il connaissait déjà tout le monde, les employés syrien et géorgien, le patron turque, les touristes. « Je suis ici pour faire du business ». Il tenait un commerce au bord de la mer en Tunisie, mais depuis le printemps arabe, il y avait à peine 3 semaines, les touristes avaient désertés le pays. « Les affaires sont au point mort certes, mais les promenades le long de la plage ont retrouvé un parfum d’enfance ».
L’homme était d’emblée touchant. Il parlait par petites touches sans lever le regard. La conversation s’engageait facilement. La situation au bled, comment les gens s’étaient organisés pour assurer leur sécurité via les SMS et internet. Et son envie à lui de prendre un bol d’air, de ne pas trop s’impliquer.
A propos du comte de Monte Christo
Beni a passé presque 4 ans en prison.
Beni était sur sa lancée. Je l’écoutait d’une oreille un peu distraite, préoccupée par l’organisation de la journée et des enfants qui tourbillonnaient autour de nous quand soudain je suis captée par ses mots: « Le film du Comte Monte Christo est un peu décevant. Il fait l’impasse sur une grande partie de la détention du héros pourtant, la description du calvaire d’Edmond Dantès est si juste et si troublante que je pense qu’il a du nécessairement vivre lui-même l’emprisonnement ». Silence. « Tu as fait de la prison ? » « Oui, 3 ans et 8 mois. Pour des raisons politiques. »
Beni allait fragmenter son histoire le long de ses quelques jours passés ensemble dans ce dortoir en contant une partie à Patrick et d’autres parties à moi. Nous avions du mal assembler les pièces et l’homme nous intriguait. Il avait vécu plusieurs vies non sans en avoir payé le prix. Semblant plus âgé que son âge, seul son regard gardait une lumière enfantine.
Traducteur en Allemagne, enseignant au Pakistan
Café place Taksim. Le propriétaire d'origine marocaine: "J'ai choisi de venir à Istanbul. Contrairement à l'Europe, raciste, ici c'est une société tolérante."
A la vingtaine, assoiffé de liberté, son diplôme universitaire d’allemand en poche, il quitta la Tunisie pour l’ Allemagne où il bossa comme traducteur à l’office des réfugiés. Il en gardait une vive connaissance de l’être humain. Critique et sensible, il avait appris à séparer le bon grain de l’ivraie, la persécution avérée de l’histoire montée de toutes pièces. Son travail sensible et crucial consistait à traduire les propos des demandeurs d’asile le plus fidèlement possible de l’arabe à l’allemand, sans y apporter sa coloration, son avis personnel, pour que l’agent de l’immigration puisse, lui, se faire son propre opinion. Néanmoins, son avis comptait parfois. La langue cache parfois des nuances qu’il est difficile, voir impossible de traduire littéralement.
A cette époque, il se maria avec une allemande et eut un enfant. Le mariage capota. Il se trouva dans l’obligation administrative de quitter l’Allemagne. Un peu plus tard, l’homme en quête d’absolu décida de partir au Pakistan, pour y enseigner l’arabe dans une madrasa ou école coranique. C’était plusieurs mois avant les évènements du 11 septembre 2001. Pourtant, après cette date, il mit encore plusieurs mois avant de quitter le Pakistan pour rentrer au pays. Autant dire que cette recherche d’absolu qui dura presque deux ans tombait mal.
La Tunisie sous Ben Ali
Le quartier de Sultan Ahmet, Istanbul, sous la neige.
A son retour en Tunisie, il s’est fait cueillir par la police et fut mit au cachot du ministère de l’intérieur, une prison secrète exclue des visites du CICR. Il y est resté enfermé trois ans et huit mois. Du séjour dans cette geôle il nous racontait que superficiellement l’horreur de la torture qui transpirait pourtant de son regard, comme par pudeur pour nos enfants qui jouaient autour de nous, ou par pudeur envers notre famille, qui était loin de ce sombre monde-là. Ou peut-être parce ce qu’il y a des choses qu’on ne peut dire avec des mots.
A sa libération, il resta sous surveillance, avec une interdiction de voyager, mais avec l’autorisation de recommencer une activité professionnelle, une échoppe à souvenirs pour touristes. Il nous racontât avec ironie les conditions de cette « liberté » retrouvée, assigné à résidence. Ainsi il possédait deux téléphones mobiles, un enregistré à son nom, sous écoute, où la sécurité d’état pouvait le joindre à tout moment pour contrôler ses faits et gestes, et un deuxième au nom de quelqu’un d’autre qui lui permettait de communiquer avec ses amis sans les mêler à ses démêlés avec la police. Régulièrement, lors d’événements ou de visites de responsables étatiques dans sa ville, la police l’appelait pour le mettre préventivement en prison « pour sa sécurité ».
L'enceinte de Topkapi et le lavoir devant Hagia Sophia sous la neige.
A propos de la sécurité intérieure, il nous racontât la blague suivante, courante en Tunisie et qui semblait bien dépeindre le climat de suspicion absurde régnant durant les années Ben Ali.
Une homme de la sécurité d’état interroge un tunisien. « Tu es avec nous ou avec Eux? » « Euh… avec vous, bien sûr! » « Mais nous sommes Eux! »
A la suite du printemps arabe et de la chute du régime de Ben Ali, il recouvra entièrement sa liberté de mouvements, la possibilité de demander un passeport et de quitter à nouveau le pays. Vu l’absence de touristes, son affaire tournait à vide et il ressentait le besoin de prendre de l’air. Il décida de partir à Istanbul. Il y avait des vieilles connaissances. Et pour y respirer une air de liberté, se perdre dans les dédales de cette ville sans fin. Puis peut-être à la quête d’une opportunité de reconstruire sa vie, loin de l’odeur des cachots moisis qu’il avait connu derrière les murs immaculés du ministère de l’Intérieur tunisien.
Et participer à la reconstruction de son pays? Non merci. La prison avait laissé des marques, au propre comme au figuré et ces plaies avaient besoin d’être pansées. Beni avait besoin de se protéger avant toute chose, avant tout nouvel engagement idéologique.
D’ailleurs le petit déjeuner fut interrompu par un appel. C’était sa deuxième épouse, retournée en Allemagne visiter sa famille alors que lui était ici, qui venait au nouvelles. Elle aussi était allemande comme la première. Au fait elle était son premier amour, qu’il avait rencontré en Tunisie dans sa jeunesse. Et il s’étaient remis ensemble après sa libération il y a deux ans. La vie reprenait peu à peu ses droits. Son épouse, les enfants, c’était désormais ses priorités.
Papillon
Beni à Istanbul devant la Yeni Camii (Nouvelle mosquée) datant du 17ème siècle.
Notre prochaine rencontre se déroula une semaine plus tard, sur la terrasse ensoleillée d’un petit troquet entre le marché aux épices et la « Yeni Camii », la « Nouvelle Mosquée » à coté du port d’Eminonü. C’était un de nos endroits préfères à Istanbul, coincé entre les échoppes de plantes jardinières en pleine éclosion. L’hiver quittait doucement la ville pour laisser la place au printemps. La veste en cuir couvrait néanmoins toujours les épaules de Beni, tel une carapace.
Sur le Bosphorus entre rive asiatique (Üsküdar) et rive européene (Eminonü).
Nous nous sommes retrouvés avec une heure de retard. Beni s’était perdu dans la masse des chalutiers faisant le lien entre les différents quartiers, des bords européens et asiatiques. Il nous avait prévenu qu’il avait pour habitude de se perdre dans les rues d’Istanbul, on l’apprenait pour les bateaux.
C’était l’heure de la prière. Les muezzins des mosquées environnantes se donnaient la réplique. Nous aimions particulièrement le muezzin de la « Yeni Camii », porté par son vibrato et sa ferveur unique. Leurs chants envoutaient la ville d’une atmosphère particulière, hors du temps, s’infiltrant dans toutes les ruelles, le moindre recoin.
Sultanahmet, la Mosquée Bleue, Istanbul.
Beni ferait l’impasse sur cette prière. Le quota de cinq prières quotidienne était selon l’islam allégé pour les voyageurs, catégorie dont faisait désormais parti Beni. Nous étions quelque peu dubitatifs. Ne faisait-il pas un mois, voir un peu plus qu’il était désormais à Istanbul? N’avait-il pas quitté le dortoir surpeuplé pour un petit appartement communautaire à vocation temporelle plus longue? Beni restait vague sur la définition du statut de voyageur. Le coran semblait laisser une certaine marge d’interprétation, dont il faisait allégrement usage en ce moment.
Lors de notre première rencontre à l’auberge de jeunesse nous avions eu connaissance surtout de l’itinéraire physique de Beni. Il nous manquait le cheminement idéologique, ses motivations, pour comprendre l’ensemble.
Manu se voit offrir un thé à Cinili Camii, Istanbul.
Il avait grandi dans un milieu intellectuel, passé des heures à fouiller les livres de la bibliothèque fournie de son père, imam et enseignant au village. Il adorait se plonger dans la lecture. C’était une situation plutôt privilégiée. Même si la situation de la religion était fort différente en Turquie et en Tunisie. En Turquie les dons des croyants permettait encore de construire autant de nouvelles mosquées que de quartiers, alors qu’en Tunisie, ils ne suffisaient même pas à payer des muezzins. Selon Beni les appels à la prières y étaient la plupart enregistrés sur cassettes. Et bien sûr, l’activité des mosquées en Tunisie était fortement surveillée.
Emplettes coquettes à Istanbul.
Il nous expliquait la différence entre les différents courants religieux que comptait l’islam: principalement sunnites et chiites. Ce qu’étaient les salafistes, wahhabites ou les alaouites. Et les liens avec la géopolitique récente, les révolutions au Bahreïn, en Syrie. Le rôle de l’Iran. Lui-même appartenait au courant wahhabite, connu chez nous sous l’incarnation de la rigueur islamique la plus radicale. Sa vision de la religion semblait contraignante et culpabilisante comme jadis la chrétienté chez nous. Une croyance proche de l’absolu, exigeant la quête de perfection dans un cadre rigide. Nous-mêmes le sentions parfois tiraillé par la culpabilité face à cette croyance qui gérait le rythme de la journée par les prières ainsi que le rapport aux autres, notamment aux femmes. Lui qui avait connu la vie en Occident, « un rythme de fou », mais avec néanmoins certaines libertés, et qui s’était marié à deux reprises avec des Allemandes.
Parler d’Oussama Ben Laden, était s’inviter sur un terrain glissant, inquiétant. Derrière cet homme que nous avions découvert avec un regard si doux, humain et avenant, se trouvait un autre au regard plus dur, enflammé, à peine voilé, avec des convictions plus difficiles à entendre, comme une certaine légitimation de la violence. Ses paroles laissaient paraître son séjour de deux ans au Pakistan sous une autre lumière. Et nous ne pouvions nous empêcher de nous demander si cet homme avait peut-être passé certaines barrières, ou avait pensé les passer.
Les 7 vies de Beni.
Beni disait de lui-même que s’il avait été un animal, il aurait été un chat. Un chat avec sept vies. Il considérait qu’il débutait là sa quatrième vie. Autant qu’au début d’une nouvelle vie nous le sentions à la croisée de deux chemins, d’une vie menée sur le fil du rasoir. Il avait tendance à se perdre dans les rues d’Istanbul. Pour nous il était évident qu’il n’y avait pas que dans les rues qu’on pouvait se perdre, tout comme la prison n’était pas que dans les tréfonds de caves humides.
Les adieux avec Beni furent émouvants. C’était un gars vraiment attachant, touchant, malgré ses côtés sombres et tranchés. « Inch’Allah », si Dieu le voudrait, nous allions un jour nous revoir. Nous l’espérions.
« Avec nous ou avec Eux? » Le monde nous semblait plus complexe que cela. Cette vision manichéenne ne répondait pas aux questions que soulevaient notre voyage aux rencontres aussi surprenantes qu’impromptues. Que ce soit avec un ancien des jeunesses hitlériennes, d’anciens soldats d’une guerre menée par des psychopathes du nettoyage ethnique ou d’une famille qui dans leur salon affichait le portrait d’un criminel de guerre notoire.
Chacune de ces personnes rencontrées semblaient être ou avoir été porteur d’idées des plus sombres à nos yeux et qui pourtant contrastaient avec leur humanité dont ils faisaient part à notre égard. Manu et Leeroy les appelaient les méchants-gentils.
En un mois à Hanoi nous nous sommes bien acclimaté à notre nouvelle vie sédentaire. Les sensations du voyage sont déjà bien loin de nous. Les vélos, bien que prêts à l’emploi, n’ont fait qu’une seule mais remarquée apparition en ville de Hanoi. La circulation y est pour beaucoup. Le temps froid et humide avec un ciel plombé par un crachin perpétuel est une autre raison. Dans cette grisaille, Istok est venu ajouter quelques couleurs dans notre nouveau train-train quotidien le temps d’une demi-lune.
Aussitôt nous avons reçu un message d’Istok, nous demandant l’hospitalité. Et quelques jours plus tard, il a débarqué devant notre maison, ma fois plein de boue de la tête au pieds, sans parler de son vélo et de ses bagages. Déjà le voisinage me lançait des grimaces désapprobatrices et secouait la tête derrière le dos d’Istok. Quand on connaît la propreté presque maniaque des vietnamiens, évidemment, ce martien débarquant de nul part, à vélo et couvert de boue ne faisait pas très bonne impression…
Istok et les garçons pèlent les patates sous le regard attentif d'Ella.
Un bon coup de Karcher sur le vélo et les bagages, ainsi qu’une bonne douche chaude sur l’homme plus tard et nous étions prêts à découvrir qui se cachait sous le turban et derrière cette grosse barbe qui impressionnait réellement Ella. Istok était d’origine slovène ou plutôt de la tribu slovène ou alors encore yougoslave, comme il aimait à se définir. La barbe, c’était pour forcer le respect des gens à qui il avait à faire dans le quotidien du voyage. Du haut de ses 37 ans il était parti en voiture il y a quatre ans pour entamer un grand voyage depuis Ljubljana jusqu’en Mongolie. Après un bref retour à la maison il a échangé sa voiture contre un vélo et est reparti aussitôt pour un tour du monde, qui au cours des trois dernières années l’avait déjà mené à travers les Etats-Unis, l’Amérique Centrale et du Sud, l’Australie, la Thaïlande jusqu’à… Hanoi.
Ella et Leeroy, conquis par tonton Istok.
Istok était le genre de personne avec une opinion. Une opinion sur tout ou presque. En quatre longues années de voyage (et sans doute déjà avant) il avait eu le temps de réviser son B.A. BA: histoire, philosophie, musique, cinéphilie, géopolitique, développement durable, les femmes. On pouvait le brancher sur tout, il mordait et avait de la répartie. Et des histoires à raconter il en avait pleins. Pour chaque endroit, pour chaque saison. Nous étions balancé d’un endroit du monde à l’autre. C’est Istok qui menait la valse et nous étions content de nous laisser bercer. Nous reconnaissions des endroits que nous avions passé et alors nous nous enflammions avec lui, ou alors nous avalions ces paroles avec délice, une tasse de ce café vietnamien si typiquement parfumée, chocolatée, entre les mains.
Istok l'enthousiaste.
Nous échangions nos petites anecdotes, ces petites histoires risibles. qui faisaient le charme du voyage, qui faisaient que nous avions des trucs à raconter au retour. Ces rencontres impromptues, au détour d’un coin de rue, alors que nous pensions continuer tout droit et qui soudainement, dans un moment de folie nous faisaient virer de bord, nous lancer dans l’inconnu, la magie de la rencontre.
Tel ce héros colombien de l’impossible, de l’inutile, qu’Istok avait rencontré à Trujillo au Pérou. Lazaro, un homme sans le sou qui voyageait depuis la nuit des temps en Amérique du Sud avec sa chaise roulante. Il essayait de rallier l’Argentine. Mais pour pouvoir prendre le bus il lui fallait récolter quelques sous. Pour cela il s’était mis en tête de battre le record du monde d’endurance en chaise roulante: 34 heures de course sans interruption…
Istok l'engagé.
Dans une auberge pour voyageurs Lazaro essayait de convaincre quelques acolytes de l’accompagner dans sa conquête de l’impossible. Sans grand succès. Chacun semblait pris dans ses propres petits soucis du voyage, prêt à repartir vers d’autres cieux. Sauf Istok qui trouva de l’extraordinaire dans le dévouement de se monsieur. Istok fini par convaincre quelques voyageurs, qu’un tel don de soi, une telle débauche d’énergie, méritait bien un peu d’attention. Que sont quelques jours de voyage anodins par rapport à l’accompagnement d’un héros dans l’accomplissement d’un pareil exploit?
Des affiches furent cloués dans toute la ville. Des sponsors recherchés. L’hôtel de luxe du coin mis a disposition les toilettes ainsi qu’une table sur la terrasse (café compris) pour le comité d’organisation, le temps de l’événement. Ca me rappelait Benoît Poelvoorde dans « Les Convoyeurs Attendent », à la poursuite d’un rêve. Aussi inutile et futile qu’il pouvait paraître, pour Lazaro ce défi représentait tout en ce moment même. Selon Istok, un bon millier de personnes assistèrent à l’arrivée victorieuse du champion!
Istok et la photo d'adieu avec tante Thu et grande soeur Hai, qui habitent juste en face de chez nous.
Manu, Leeroy et Ella, nos enfants, d’abord intimidés par sa barbe et sa voix ténébreuse l’hébergèrent dans leur chambres, puis rapidement dans leur cœur aussi. Istok avait cette exubérance débordante, cette spontanéité, cet enthousiasme, qui nous avaient tant plu dans les Balkans et qui nous rappelaient un ami cher de la Suisse lointaine. C’était un parfait conteur itinérant. Un conteur certes, mais qui savait écouter aussi avec grande sensibilité. Mais il y avait autre chose.
Après dix jours animés passés à la maison, nous avons accompagné Istok à travers le chaos de la circulation de Hanoi vers la sortie de la ville, en direction de la Chine. Nous l’avons laissé de l’autre coté du Fleuve Rouge. Au retour, sur le pont du style d’Eiffel datant du tout début du 20ème siècle, c’était peut-être le « tacatac » rythmé des jointures métallique que nous traversions avec notre vieux scooter Honda Cub qui m’hypnotisait. Je reconnus en Istok cette liberté et cette paix de l’esprit, de l’être, que nous rencontrions parfois chez les cyclo-voyageurs au long cours. Ce détachement, cette capacité de pouvoir s’émerveiller pour des petites choses, des choses simples, mais si saines et gratifiantes, de pouvoir saisir le bonheur la où il se trouve, c’est-à-dire ici-même. C’était le cadeau du voyageur. C’était un des cadeaux que le voyage nous avait fait à nous aussi. La présence d’Istok nous l’a fait prendre conscience.
Chaque 20ème jour du premier mois du calendrier lunaire chinois, le village de Tho Ha, habituellement paisible et loin du vacarme de Hanoi, vit en pleine effervescence pour une durée de trois jours: c’est la Fête du [...]
Nous voilà depuis un petit mois à Hanoi, étape finale de notre voyage. Il était temps. Nous aspirions à un « chez nous ». Les déménagements incessants commençaient à peser, même si nous feignions parfois la routine. Les enfants demandaient à aller à l’école, à avoir des copains. Pour nous tous, le plus difficile était sans doute le huis-clos dans lequel nous vivions depuis presque deux ans, en dépit de toutes les [...]
Voilà plusieurs semaines que nous avons raconté plusieurs histoires et anecdotes que nous avons vécu lors de notre séjour hivernal à Madagascar. Nous y avons dévouvert des conditions tristes voir parfois dramatiques. Pourtant devant tant de problèmes et de malheur, les malgaches y opposent une foi déroutante et ce ne serait que la moitié de la vérité que de vous parler de leurs difficultés sans vous montrer l’incroyable ferveur dont peuvent faire preuve les [...]
Enfin nous étions à Istanbul, porte de l’Orient, à cheval entre l’Europe et l’Asie, objet de plus en plus fréquent de nos rêves nocturnes. Et elle ne nous a pas déçu. A l’image de la Turquie, c’était un vrai musée à ciel ouvert et une fourmillère sans [...]
Notre prochain arrêt s’est imposé de tout seul, quand dans un petit village nommé Sinanli nous avons demandé la direction à un groupe d’hommes attablés sur la terrasse d’une maison de thé. La direction nous l’avons eu. Même deux. Alors dans leur discorde et puisque l’ainé du groupe, Selim, nous invitait pour la nuit, nous décidâmes d’ajourner la décision de la direction à prendre pour le [...]