Vietnamienne:"Z'êtes aller prier au temple pr que Manu grandisse?" M:"Ne veux pas prier pr grandir, mais pr garder mes mains en étoiles mer! 1 month ago
Mardi 12 dec. 12h45. Nous entrons au VIETNAM!!! Après 21 mois de voyage. Sensations mixtes. Fin voyage mais chaque jour reste une aventure! 1 month ago
Arrivés dans la cité d'Angkor après 1 journée de descente de fleuve en bateau à travers villages flottants & plaines inondées. Impressionant 3 months ago
Voilà plusieurs semaines que nous avons raconté plusieurs histoires et anecdotes que nous avons vécu lors de notre séjour hivernal à Madagascar. Nous y avons dévouvert des conditions tristes voir parfois dramatiques. Pourtant devant tant de problèmes et de malheur, les malgaches y opposent une foi déroutante et ce ne serait que la moitié de la vérité que de vous parler de leurs difficultés sans vous montrer l’incroyable ferveur dont peuvent faire preuve les malgaches.
Le quotidien, rythmé par le soleil, les saisons et la necessité de subvenir aux besoins de base connaissait un répit hébdomadaire tous les dimanche matin lors de la cérémonie religieuse. Tout le monde était endimanché et les églises du village résonnaient des psaumes chantés à tue-tête par la communauté. Et quels voix, quels talents. Leurs différentes croyances jouaient aux malgaches bien souvent des mauvais tours, mais là, à l’église, les entendre permettait certainement d’oublier un instant les soucis du quotidien.
Enfin nous étions à Istanbul, porte de l’Orient, à cheval entre l’Europe et l’Asie, objet de plus en plus fréquent de nos rêves nocturnes. Et elle ne nous a pas déçu. A l’image de la Turquie, c’était un vrai musée à ciel ouvert et une fourmillère sans répit.
Voici quelques-unes de nos photos d’Istanbul prises de nuit.
Manu, Leeroy et le frère de Selim. La table recouverte de cadeaux pour les garçons.
Notre prochain arrêt s’est imposé de tout seul, quand dans un petit village nommé Sinanli nous avons demandé la direction à un groupe d’hommes attablés sur la terrasse d’une maison de thé. La direction nous l’avons eu. Même deux. Alors dans leur discorde et puisque l’ainé du groupe, Selim, nous invitait pour la nuit, nous décidâmes d’ajourner la décision de la direction à prendre pour le lendemain.
Mais avant de faire quoi que ce soit, aller où que ce soit, évidement il fallait d’abord prendre un thé, ou plutôt plusieurs. Aussi les enfants furent gâtés avec jouets et sucreries. Les turques dans l’ensemble semblaient vouer un vrai culte aux enfants. Ce qui fit poser des questions à Manu: « Mais pourquoi en Turquie nous recevons toujours des cadeaux? » Et Leeroy de répondre au tac-o-tac: « C’est parce qu’ils aiment les enfants braves! » Eh ben, puisque vous le dites…
Le soir avec Selim à ma gauche avec son fils et son frère à ma droite.
Après nous être installés à la maison et avoir pris le repas, nous, les hommes, sommes rapidement repartis à la maison du thé, pour être précis nous avons fait le tour des nombreuses maisons de thés du village. Le tout ressemblait à un rituel aux multiples règles sociales.
Selim avait tout du patriarche de famille. Il y a fort longtemps il avait travaillé dans les chantiers en Allemagne. Lorsque les enfants eurent l’âge d’aller à l’école, ils les a renvoyé au pays avec leur mère, estimant que la vie qu’il aurait voulu leur offrir en Allemagne impliquerait trop de sacrifices. La famille lui manquant trop, il les a rejoint deux ans plus tard. Les économies issues du séjour allemand lui ont permit de construire une belle maison, monter une affaire de ferblantier dans son village et d’offrir une bonne éducation à ses enfants.
Cette richesse relative lui donnait aussi un statut particulier dans son village. Approchant les huitantes ans, sa capacité a faire en sorte qu’on ne lui dise jamais « non » était à la hauteur de son autorité. Seul son jeune frère avait eu le courage de lui refuser un rein, qui aurait pu lui éviter la dialyse. Et ce dernier en payait toujours les frais. Selim avait aussi l’habitude d’accorder des prêts aux villageois qui en faisaient la demande. Ce soir justement, il comptait récupérer un prêt qui trainait trop en longueur.
Sandra sur la route.
Ma présence lui permit d’encore plus marquer sa différence avec ses acolytes autour de la table. Aussi au lieu du thé habituel, ce soir il commanda à plusieurs reprises du café pour lui et pour moi. Mais pas un café turc, un Nescafé en sachet, celui-ci coutant le double du thé. J’aurais bien pris que du thé ce soir là, mais insister était inutile avec Selim.
Le matin à l'aube à la gare routière. Les bagages attendent le bus.
D’ailleurs l’homme qui lui devait de l’argent se faisait attendre. Il l’appela et dix minutes après l’homme arriva précipitamment avec l’argent. Après une brève séance de règlement de compte à l’extérieur du « Tea-Room », les deux revinrent à l’intérieur pour sceller l’amitié autour d’un Nescafé pour Selim, d’un thé pour l’homme. Selim n’était pas le genre d’homme auquel on contait fleurette. Selim était un homme heureux, à la vie comblée. Son seul souhait, c’était qu’il voudrait bien prolonger encore un peu sa vie afin de voir grandir ses petits-enfants.
Après cette brève mise en bouche de quelques jours de voyage en Turquie, nous sommes devenus quelque peu impatients. Nous avions envie d’en voir plus, rapidement, envie de voir la vraie, unique Istanbul, celle dont nous rêvions depuis si longtemps. Nous n’avions pas envie de nous embarrasser avec des villes, des banlieues successives et insignifiantes. Aussi sommes-nous devenus méfiants sur la topologie de la route en Turquie et voulions éviter une entrée périlleuse et éreintante à Istanbul… Et à vrai dire, toutes ces bonnes choses, arrivées d’un coup après la Bulgarie, ont un peu ramolli notre volonté, notre niaque… Nous avons rejoint la prochaine ville à travers champs et villages. Puis nous avons finalement pris le bus à Lüleburgaz pour les 200 derniers kilomètres jusqu’à Istanbul.
Une belle route à 4 voies balayée par le vent dans la forêt d
Encore jamais nous nous étions tant réjouis de pouvoir passer une frontière depuis le début de ce voyage à vélo. Les attentes étaient à la hauteur de la montagne que nous venions de gravir pour arriver à la douane turque de Malko Tarnovo. Et d’expérience nous le savions, plus le défi était difficile, plus il en valait généralement la peine! La montagne c’était fait! Nous nous réjouissions de la descente devant nous jusqu’à la première ville turque de Kirklarelli.
Nous entamions la descente sur une magnifique route au bitume noir et lisse au milieu d’une forêt de hêtres et de chênes dans la lumière dorée de cet après-midi automnale. A 60 à l’heure le vélo fendait l’air et le vent nous éclaboussait la figure de joie. Et ce n’était pas cette pente montante, qui finit par arriver, qui allait nous gâcher le plaisir.
La forêt après la douane.
Vingt minutes d’ascension plus tard c’était reparti de plus belle pour quelques instants de folie! Puis une nouvelle montée. Deux kilomètres à 7 à 10 pour-cents de montée avec des attelages de notre sorte, ça vous laisse le temps de réfléchir. Et au bout de la quatrième montée, nous commencions à sérieusement nous poser des questions, d’autant plus qu’autour de nous les montagnes russes boisées s’étendaient à perte de vue…
Au bout de la ixième colline nos espoirs s’étiolaient sérieusement. Le soleil était déjà couché et nous commencions seulement à entrevoir les lumières de la ville à 10 kilomètres en contrebas, mais séparée de nous par plusieurs vallées dont chaque remontée pouvait nous prendre une demie-heure à 5 km/h (à vélo je précise).
La bergerie
Arrivée de nuit à Demircihalil, à 30 km de la frontière.
Il fallait qu’on s’arrête dès à présent. Nous avons quitté la route en direction d’un village du nom de Demircihalil à 800 mètres sur la gauche, dont nous avions aperçu le bout du minaret dépasser entre les collines. Nous nous sommes arrêtés devant le café où les hommes du village étaient rassemblés. Au fait ce n’était pas un café, ni un bistrot. Ici, en Turquie on buvait principalement du thé! Le tenancier nous proposa de passer la nuit dans une pièce attenante qui servait de salle de consultation médicale. Nous commençâmes à nous installer quand un monsieur est entré et nous a prié de le suivre. La pièce était accessible à la vue de tous à travers la baie vitrée et dans ces contrées musulmanes ce n’était pas un endroit convenable pour loger une famille.
Départ de la bergerie de Demircihalil. Leeroy: "Après le voyage, je veux venir habiter ici!"
Nous l’avons donc suivi dans la nuit. Ce serait une bergerie. C’était petit mais cosy, du moins pour nos goûts, forgés à l’usure des mois de voyage à vélo. Autour d’un poêle à bois étaient disposés trois canapés sur lesquelles nous pourrions dormir. Parfait!
A peine nous venions d’allumer le poêle, que ça toquait à la porte. C’était une véritable délégation villageoise qui nous apportait un magnifique souper! Pain, soupe au poulet et aux nouillettes, tsatsiki (yaourt mélangé à des concombres), riz aux amandes et des sucreries aux miel pour le dessert. Nous nous endormions au parfum de l’orient et cette nuit, nous étions déjà à Istanbul.
Découverte d’un nouveau monde
Le centre-ville de Kirklareli. Au fond de la place, un petit marché et le hammam sous les coupoles grises.
Le lendemain, l’arrivée à Kirklareli avait quelque chose d’extraordinaire. Les tours de minarets scintillants sous le soleil étaient tant de monuments qui nous signifiaient que nous étions enfin en orient. Pas encore vraiment en Asie, mais ça ne semblait plus qu’une question technique.
La nature avait radicalement changé à la sortie des forêts. Plus aride, plus sec. L’indifférence bulgare faisait place à une curiosité chaleureuse et lorsque nous nous sommes arrêtés sur la place centrale de la ville nous avons eu droit à notre premier grand attroupement du voyage.
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Arrivée à Kirklareli.
Notre premier repas y fut un vrai délice: des atriaux à la menthe et au riz, soupe aux lentilles et menthe, riz aux amandes, sorte de ratatouille aux foies de volailles et pour le dessert du riz au lait et à la cannelle coulant à souhait. La Turquie s’annonçait sous ses meilleures auspices et les jambes dures de l’étape de la veille furent vite oubliées.
Désormais un bon décrassage s’imposa. Nous nous renseignâmes à la réception de l’hôtel pour savoir si le hammam de la ville était accessible aux enfants. L’hôtelier nous regarda de manière étonnée et répondit: « Pourquoi souhaitez-vous aller au hammam? Vous en avez pas besoin! N’y a-t-il pas une douche dans votre chambre? » « Euh… Au fait oui, mais… », nous sentions que nous avions quand même besoin de plus qu’une douche après un régime de plusieurs jours à la lavette mouillée…
Au hammam de Kirklareli.
Le hammam datait du 14ème siècle. Nous étions séparés, homme et garçons, femme et fille. Les cabines de vestiaire, équipés de lits de repos, étaient arrangés à l’étage autour du balcon qui surplombait le salon d’accueil, où trônait une fontaine en marbre. Les murs à l’intérieur du hammam laissaient apparaitre de vieilles pierres volcaniques noires. La salle était hexagonale avec des niches sur chaque face équipés de fontaines en marbre où l’on pouvait faire couler de l’eau chaude ou froide dans des bacs pour s’arroser le corps. Au milieu se trouvait un grand socle en marbre où le masseur frottait vigoureusement les corps à l’aide d’une lavette râpeuse jusqu’à faire apparaitre une peau neuve, douce et rose. Puis le corps tout entier disparaissait sous des montagnes de mousse savonneuse faites à partir d’une sorte de gros bas poreux. Et après avoir copieusement aspergé le corps d’eau, vint le coup de grâce: un massage des plus viriles vous extorquant des râles de douleur pétrit dans des angles articulaires des plus improbables. Le hammam de Kirklareli, on n’en sortait pas comme on y était entré.
Dès le passage de la frontière, c’était le no man’s land. Des champs défrichés à perte de vue. Partout des parcelles à vendre. Pas une vie humaine. Les enfants et leurs cris de joie à notre passage avaient disparu. Même les chiens me manquaient. Le climat semblait s’accorder à l’atmosphère, froid, maussade et gris.
Nous nous sommes arrêtés au premier village, environ à quarante kilomètres de la frontière, pour trouver un gite. Les villageois nous dévisagèrent longuement. Une femme, accompagnée de sa fille, connaissait une dame qui pourrait peut-être nous loger. Je la suivis jusqu’à une petite villa plain-pied. La chambre était simple et remplie de réserves de pommes de terre. La salle de bain se résumait à un accès à un robinet d’eau dans le jardin. La logeuse négocia un prix mais j’ignorais combien il nous restait d’argent. Nous avons alors rejoint Patrick qui attendait avec les enfants et les vélos sur la place du village.
Les garçons fiers de leur trouvaille.
Un groupe de curieux s’y était rassemblé. Lorsque nous sommes arrivées sur la place, la logeuse a soudainement changé d’avis et a fait demi tour. Je ne pus obtenir une quelconque explication. Un homme imposant et ventripotent nous fit alors signe de partir. Nous étions stupéfaits, ne comprenant pas ce qui s’était dit entre les villageois. Le monsieur ventripotent parlait pourtant bien le roumain mais ne daignait pas répondre à nos interrogations. Nous n’avions pas d’autre choix que de trouver une autre solution.
Afin de pouvoir camper il nous fallu de l’eau que nous demandions à une villageoise un peu plus loin. Celle-ci ne voulut absolument pas laisser entrer Patrick dans son jardin pour remplir les gourdes au robinet. Une telle méfiance était pour nous un fait nouveau. Quelle image donnions-nous dans ce pays?
Finalement nous avons trouvé un terrain à l’abri des regards à la sortie du village. La nuit tombait. Les garçons se dégourdirent les jambes dans un champs plein d’ossements animaux qui attisa leur fantaisie, fascinés par la frontière entre la vie et la mort. Le lendemain après une nuit et une matinée orageuse, nous levions tardivement le camp. Sur la route un panneau indiquait une interdiction pour les vélos. Mesure absurde, vu le trafic plus que parsemé, et de toute façon il n’existait pas d’autre alternative. Patrick y vit une certaine cohérence dans ce village qui n’avait pas voulu de nous.
Arrivée de soir à la station de service de Balchik.
Pédaler, pédaler pour arriver le plus vite possible à une ville. La route est parfois pleine d’illusions. Ce jour là elle semblait plate, sauf que nous avions l’impression de ne vraiment pas avancer. Les vélos étaient-ils en train de nous faire payer le fait que nous les avions délaissé pendant nos deux semaines à la plage? En réalité le chemin montait doucement mais constamment pour atteindre plus de 500 mètres de dénivelé.
Nous sommes arrivés éreintés à la prochaine ville à la nuit tombante. Affamés, nous nous sommes d’abord arrêtés à la station de service pour nous sortir de la fringale, puis pour prendre des renseignements. Mauvaise nouvelle, les hôtels étaient tous situés au bord de la mer, à 500 mètres de dénivelé plus bas. Pas question de descendre pour aussitôt remonter le lendemain. Après avoir vainement demandé quelques autorisations de camper, nous sommes retournés à la station, avons soupé tranquillement, puis nous nous sommes installés sauvagement en face de la station entre une haie de feuillus et des herbes hautes. Il était passé minuit. Le vent soufflait en rafales. Les enfants transis de froid avait fini par s’endormir à l’abri dans leurs chariotes. Nous commencions à avoir l’habitude de monter le campement dans le noir, pour ne pas être importunés. Puis enfin, l’heure était venue pour nous aussi: qu’il était bon de s’enfiler dans nos draps. Le sommeil fut profond, en dépit du vent tempétueux.
Après la pluie...
Le lendemain nous avions hâte d’arriver à Varna, ce qui finit par arriver à la fin d’une descente vertigineuse. Malgré le soulagement d’arriver en ville, impossible de lâcher l’attention. Le trafic dense et l’obligation d’emprunter des voies rapides étaient toujours éprouvants.
Varna était une station balnéaire touristique avec un charme désuet. Dans la grande avenue piétonne qui menait au centre ville, un homme nous accosta pour nous proposer une chambre pas chère. L’affaire sembla d’emblée compliquée, lui-même n’étant qu’un intermédiaire et la-dite chambre étant occupé par un étudiant qui serait peut-être en partance. Comprenant que nous étions moyennement intéressés, l’homme s’est subitement retourné alors que nous n’avions pas fini notre phrase et a continué son chemin comme si cette conversation n’avait jamais eu lieu, laissant nous sur place pantois. Vraiment, il nous manquait la clé pour comprendre comment communiquer en Bulgarie…
Manu au marché à Varna.
Soudain l’homme réapparut avec une femme distinguée parlant anglais, la logeuse apparemment qui nous proposa d’aller voir à l’église s’ils pouvaient nous héberger, car sa chambre n’était finalement pas libre. Décidément pour une fois que nous ne cherchions absolument pas à être hébergé dans ce voyage, le sort s’en mêlait. Tant pis, car nous avions décidé de nous offrir une belle chambre d’hôtel après ces quelques jours difficiles.
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Bridget, un oasis anglais dans le désert bulgare
Les garçons qui nous mènent chez Bridget à vélo.
Après deux nuits de repos et une mauvaise grippe soignée par une bonne séance de sauna, nous reprenions la route. Mais j’étais encore épuisée. Patrick avait repéré une possibilité d’hébergement via internet à une vingtaine de kilomètres de la ville. Mais notre hôtesse n’était pas joignable. Nous décidions de jouer notre va-tout et d’aller directement chez elle. Nous n’avions aucune adresse, uniquement le nom du village et son prénom: Bridget.
A l’entrée du village qui ne semblait pas si petit, nous apostrophions un homme qui travaillait comme agent de sécurité dans une villa luxueuse. Il connaissait bien une dame anglaise et demanda à des jeunes garçons de se renseigner et de nous accompagner chez elle. Bridget semblait connue comme le loup blanc et prononcer son nom semblait faire disparaitre d’emblée la suspicion habituelle. Tout se passa comme sur des roulettes. Un voisin appela Bridget qui était en déplacement à Sofia et elle nous invita à loger chez elle malgré son absence!
Automne à Priseltsi.
La maison était confortable et cosy. Un poêle au feu de bois pour cuisiner et chauffer, une douche chaude et une vue magnifique sur les collines. Le lendemain, un de ses voisins nous invita à l’accompagner aux bains publics thermaux de Varna. Derek était anglais comme Bridget et comme beaucoup de ses compatriotes avait investit dans une maison dans la région, séduit par les bords de mer sauvage et la lande. Il nous racontait ses mésaventures au pub, véritable centre névralgique de ce village paumé. Nous écoutions amusés ses aventures, curieux de découvrir le mystérieux mode d’emploi pour communiquer en Bulgarie.
Bridget nous a accompagné 20 km sur notre voyage à vélo.
Bridget, qui était revenue le lendemain de notre arrivée, nous en donna une illustration encore plus colorée. Elle avait fait le choix de quitter à 50 ans l’Angleterre et un fils marié pour mener un projet social en Bulgarie. Elle avait travaillée jeune dans une ONG à Sofia avec une équipe de travailleurs sociaux et n’avait jamais perdu contact. Il y a 6 ans elle avait investit son argent dans cette maison de 3 étages et monté un projet d’hébergement pour personnes en difficulté. Depuis, le projet attendait l’approbation et la libération d’un budget pour les éducateurs et le fonctionnement du foyer. Durant notre séjour, les autorités ont effectué une ixième visite en promettant le démarrage prochain du projet. Bridget gardait espoir que cette fois-ci ce soit pour de bon. Un projet sans but lucratif où elle mettait à disposition sa maison, son énergie, en espérant avoir une modeste reconnaissance et un rôle à jouer. Aux dernières nouvelles, sa formidable patience semble avoir payé et le foyer accueille un groupe d’une dizaine de femmes handicapées.
Encore une journée à vélo qui s'annonce maussade.
Les garçons adorèrent d’emblée cette sympathique grand-mère anglaise et passèrent des heures à jouer avec elle à des jeux de société.
Nous avons décidé de partir le matin du troisième jour, Sandra étant complètement remise de sa virose. Bridget et Derek nous firent la surprise de nous accompagner à vélo sur une vingtaine de kilomètres, ce qui rendit le départ plus doux. Nous nous étions tous attachés à ces gens adorables.
Les jours suivants, une pluie torrentielle nous honora jusqu’à Burgas. Sous la pluie battante et la nuit tombante, Patrick fit un effrayant vol plané en glissant sur un passage ferroviaire. Un gros bleu sur la cuisse et un levier de vitesse cassé. Nous nous estimions heureux, car avec le trafic important sur cette route et vu les conditions, ça aurait pu être bien plus grave. Soulagés nous atteignions enfin Burgas et nous nous réjouissions d’avance d’une bonne douche chaude, du repos et de pouvoir panser les plaies avant le dernier schuss.
Bivouaque dans la nature, entourés d'ours et de loups?
La frontière naturelle entre la Turquie et la Bulgarie était un vaste massif montagneux sans villages, recouvert d’une forêt à perte de vue, infestée d’ours et de loups. Nous avions des vivres pour les quelques jours qu’il nous faudrait pour grimper à travers ce bois. Sous la pluie et dans la boue. S’en était bientôt fini de notre aventure bulgare. En raison du mauvais temps et de la frilosité des villageois, en Bulgarie nous avions surtout fait le tour des stations services et des abris-bus. Nous avions soif d’un autre type d’exotisme et mettions les bouchées doubles pour passer le dernier col, cette fois sous le soleil.
La Mer Noire représentait la fin d’une grosse étape de ce voyage à vélo, la fin du Danube, qui nous avait accompagné si tendrement depuis de nombreux mois. C’était aussi toute une tension qui se relâchait. Cette tension qui nous permettait de toujours avancer vers un objectif et qui augmentait au fur et à mesure que nous approchions du but.
Aussi le couple d’allemands voyageurs à vélo avec leurs chiens que nous avions rencontré tout récemment nous avaient parlé de la possibilité de traverser la Mer Noire en cargo jusque tout à l’est de la Turquie ou en Géorgie. Cela nous aurait épargné la Turquie, qu’en raison de la taille et du profil montagneux nous redoutions passablement de traverser avec notre caravane à vélo. Ou alors rejoindre Istanbul en cargo pour éviter la Bulgarie, pays qui nous semblait quelque peu hostile… Pourtant, manquer Istanbul, les sites archéologiques greco-romains de la côte turque, cela ne nous enchantait guère, même si en ce moment, pédaler à nouveau ne nous faisait vraiment pas envie.
Il y avait comme un vide. Tout était possible et c’était cet éventail de choix même, cette liberté, qui nous torturait. Choisir c’était forcément renoncer. Cela faisait parti des défis d’une vie que nous voulions auto-déterminée.
Sandra a retrouvé sa motivation!
C’était certain, nous avions besoin de recharger les batteries, de décider de la suite du chemin tranquillement et de retrouver la motivation. La route nous semblait encore tellement longue, le but insaisissable. Nous nous sommes alors arrêtés dans un petit village de pêcheurs, qui ces dernières années s’était transformé en station balnéaire tel que nous les connaissions des vacances estivales de notre enfance en Espagne. A cette saison, fin septembre, tout les hôtels étaient fermés, la plage désertée. Nous avons eu de la chance de trouver cette charmante petite pension familiale à 50 mètres de la plage, l’endroit rêvé pour nous en ce moment et pour profiter des derniers beaux jours avant l’arrivée de l’automne et de se débarrasser de cette angoisse nécessaire mais quelque peu désagréable.
C’était le temps de reprendre un contact plus régulier avec nos familles et de les motiver à venir nous voir. Istanbul étant facilement accessible par avion. Les parents et une des sœurs à Sandra furent preneurs ainsi qu’un couple d’amis avec leur fils. Voilà ce qui allait nous donner un sacré sens de continuer à pédaler jusqu’à Istanbul!
C’est avec un peu de nostalgie que nous avons traversé le Danube une dernière fois, pour affronter les 150 derniers kilomètres avant la Mer Noire. De l’autre coté, outre les collines auxquelles nous nous attendions, ce sont surtout les pavés qui ont failli avoir raison de notre dentition. On se serait dit sur une voie romaine. Le paysage de la plaine sans fin laissait la place à des collines recouvertes de vignes derrière des barbelés. Les villages semblaient encore plus pauvres. Toujours des puits dans les villages mais surtout des façades décrépitées. Les jardins semblaient moins soignés. Après une pause de midi près d’une petite fontaine où une vieille édentée et moitié écervelée a craché sur Ella parce que cette dernière refusait d’aller dans ses bras, je sentais que passer le fleuve était la fin d’une étape.
« Misère, misère »
A Ostrov, on vient de nous refuser l'hospitalité pour la 2è fois. Une démarche jamais facile ni agréable, même après plusieurs mois de voyage et tant d'expériences extraordinaires.
Ce soir la légendaire hospitalité roumaine nous a fait faux bond. A Ostrov les jardins nichés dans des pentes escarpées étaient trop exigus pour notre campement et le moindre bout de terrain plat cultivé. Finalement à la tombée de la nuit nous avons repéré une masure sur un terrain défriché. Deux fillettes jouaient sur le pas de porte. Leur grand frère, un beau jeune gars du nom de Florine, est venu nous voir. Oui, nous pouvions poser notre campement et avoir accès à l’eau. Les fillettes, âgées de quatre et sept ans, observaient attentivement notre équipage, avant de s’engager à jouer avec nos enfants. Pendant ce temps Florine nous préparait de l’eau pour nous laver et nous invitait prudemment à cuisiner et manger à l’intérieur, dans leur humble cuisine faite de briques de terre. Quelques galettes de pain secs trainaient dans un cornet plastique. Les chaises aux pieds au bord de la rupture branlaient sur un sol en terre battue. Par terre, des outils des champs: pelle, herse, fourche. Nous leurs avons offert de partager notre repas, mais ils refusaient. Tout juste les gamines acceptaient d’abord timidement puis avec un grand sourire les carrés de chocolats qui nous restaient.
Diana dans la cuisine de sa maison à Ostrov. Devant la carte cycliste du Danube.
Puis soudain, il était déjà 22 heures, Diana, l’ainée des filles s’est agitée et a insisté pour qu’on sorte sans rien laisser trainer dans la maison. Déjà nous entendions le bruit d’une carrosse tractée par un cheval qui s’arrêtait devant la maison. Une femme gracile et deux hommes dont l’un était ivre mort sont descendus de la charrue. Nous les avons accueilli un peu gênés et la surprise (pas des moindres) passée, ils nous ont néanmoins souhaité la bienvenue. Marella, la mère, m’a rapidement entrainé loin des regards des hommes et me répétait: « Ici c’est la misère, la misère! » Difficile de la contre-dire. Pendant ce temps Patrick, après s’être employé à expliquer pourquoi il ne boirait pas plus d’un verre, essayait de démêler les relations qui liaient ce trio. Ce que nous redoutions à fini par s’avérer. L’homme de la maison, c’était bien Gheorghe, celui qui était ivre mort, l’autre son ami. Ils s’efforçaient à nous inviter à nous installer à l’intérieur pour la nuit avec les enfants, ce que nous refusions poliment, d’autant plus que nos enfants dormaient déjà dans la tente. Puis après de brèves présentations nous nous sommes couchés à notre tour.
Le lendemain à notre réveil, Gheorghe et Florine étaient déjà partis à la pêche. Marella nous évitait quelque peu du regard. Par contre Diana est venue nous demander de l’argent pour acheter de la lessive. Interloqués nous faisions semblant de ne pas comprendre. Il était évident que nous laisserions de l’argent pour la nuit, mais il était hors de question que ça se fasse par intermédiaire des enfants! Finalement au moment du départ, Marella à commencé à se détendre et à se confier.
Charrue à chevaux.
Elle était d’origine moldave, son mari turc. Sa famille était restée en Moldavie et elle ne possédait rien ici: la maison appartenait à son mari. Florine était le fruit d’un précédent mariage de Gheorghe, Diana, blonde comme le blé, était issue d’une précédente relation d’amour de la mère en Moldavie, et dont le père était décédé dans un accident de la route. La cadette finalement était issue de ce mariage. Marella nous montrait son œil au beurre noir ainsi que des bleus sur son corps, qu’il nous avait déjà été difficile d’ignorer toute la matinée, et nous expliquait qu’elle s’était disputée avec son mari cette nuit. Ça arrivait malheureusement souvent, Gheorghe, sans travail fixe, abusant allégrement de la bouteille. Elle nous partageait son souhait de le quitter, mais ne voyait pas comment s’en sortir avec les enfants, ni où aller. Elle avait déjà tout quitté une fois, en espérant un avenir meilleur, et là il lui manquait cruellement du courage et de la force pour tout plaquer puis recommencer.
Nous nous sentions impuissant. Tout juste nous pouvions l’écouter et lui prodiguer quelques soins médicaux dont elle avait par ailleurs besoin, mais qu’elle ne pouvait se procurer faute d’argent. La fillette s’est jetée sur les billets que nous avons laissé pour aller acheter de la lessive. Nous aurions pu rester un jour de plus, mais nous n’avions qu’une envie, celle de partir. C’était trop de misère. Dommage, car nos garçons s’entendaient à merveille avec les gamines, qui étaient vraiment adorables.
Plus fou que nous?
100 derniers kilomètres jusqu'à la mer, toujours sur les pavés.
La route avait la magie d’instantanément remplacer le poids de cette triste misère par celui, bien plus léger, de notre caravane. Pourtant les collines successives et ces satanés pavés nous ont fait piocher dans le dur. Alors quand à l’heure du repas nous avons aperçu un couple de cycliste au style « so british » et si charmant au bord de la route, nous nous sommes arrêtés de bon cœur pour échanger des nouvelles et nos expériences le temps d’un joyeux repas dans l’herbe. D’autant plus que c’étaient les premiers voyageurs à vélo que nous rencontrions en Roumanie.
Mais la vraie surprise est arrivée 500 mètres plus loin lorsque revigorés nous sommes repartis… pour nous arrêter à nouveau à l’invitation d’un couple cycliste allemand cette fois-ci avec deux remorques et… deux énormes chiens, dont le plus grand pesait plus que Patrick! Ils nous ont invité pour un café, qui ma fois tombait à pic. Nous avons écouté leur histoire et leur projet de voyage à vélo à « quatre ». Et si nous avions certainement pas choisi la facilité en voyageant avec nos enfants, que penser de leur aventure? Impossible de loger dans des hôtels, pas moyen de se faire inviter chez les gens, sans compter les dommages collatéraux, comprenez poulets braconnés. Au moins la sécurité autour de leur camp était assuré… Cela vous étonnera-t-il? Eux semblaient en penser pas moins de notre caravane! Décidément nos « deux familles » détonnions sur ces routes, dans le va-et-vient des roms en chariottes à chevaux!
Après une nuit dans une petite pension nous avons attaqué le troisième jour sur les pavés. Ceux-ci commençait à nous user quelque peu et nous étions impatients d’arriver à la Mer Noire. Nous étions plus irritables, si bien que nous avons passé toute la journée sans nous parler… jusqu’au moment où il fallait trouver un endroit pour la nuit. Nous l’avons découvert que plus tard, au musée de Constanta, mais ce jour-là et à cause de la mauvaise humeur ambiante, nous avons manqué de visiter les ruines extraordinaires de l’ancienne cité romaine à Adamclisi, dont nous avions pourtant aperçu les murailles depuis la route!
Même pas deux dollars par jour
Chez Mariana et Luz.
Nous avons passé la nuit à Deleni chez Mariana et Luz, un couple de notre âge, mais avec des enfants qui étaient déjà adolescents. Luz était sans travail fixe, il cherchait à s’occuper dans les champs et dans la ville d’à coté, comme la plupart des gens que nous rencontrions ici. Mariana s’était fait licenciée il y a trois mois de son travail dans une station de service tout proche. Ce travail avait permis de faire vivre la famille en-dessus du seuil de pauvreté. Désormais ils faisaient leur possible pour que leurs enfants continuent à visiter le collège, mais il n’était plus question par exemple qu’ils y aillent en bus. C’est leur père qui les y amenait en charrue avec leur cheval. Vingt kilomètres, càd. deux heures de route, à cheval, en aller simple pour aller à l’école. Départ à six heures du matin, retour à six heures du soir. Mais toute la famille s’accrochait à cette éducation du collège, ou les deux enfants présentaient des notes plus qu’honorables. L’ainé avait même reçu le prix du meilleur élève en mathématique et ils espéraient qu’il allait pouvoir bénéficier l’année prochaine d’une bourse pour entrer à l’université.
Mariana. Derrière le sourire, un coeur lourd.
Quant nous sommes partis de chez eux, nous avons aperçu la station de service en question un peu plus loin. En effet elle était fermée, sevrée de personnel. Il restait une pompe automatique, une boîte, où l’on payait soi-même avec une carte de crédit. Une vue à nous donner la nausée. La logique qui voulait qu’au nom du progrès il fallait sacrifier ces emplois, pourtant si peu payés mais qui signifiait tant pour ces familles, nous dépassait complétement en ce moment presque irréel. Vraiment, nous n’enviions pas le métier qui consistait à prendre ce genre de décisions.
Les années Ceaucescu avaient appris aux gens, malgré eux, à se débrouiller et à pratiquement vivre en autarcie. Comme nous l’avions vu jusqu’à présent, par exemple chez Lucia et Patru ainsi que chez Maria et Eugen, cela semblait plutôt bien réussir aux retraités qui n’avaient plus d’autres obligations et qui étaient épargnés des pépins et aléas de toute sorte. Mais il était autrement plus ardu d’élever des enfants dans ces conditions-là: avoir de quoi se nourrir, mais pas le sou. C’était un défi que nous sentions peser vraiment lourd dans le cœur des parents que nous rencontrions, que ce soit ici ou chez Mirella et Mihai. Pourtant nous étions bien en Europe, celle les étoiles. Mais qu’elle semblait loin, cette Europe-ci, de l’Europe que nous avions l’habitude de côtoyer. Et nous nous demandions jusqu’à quel point les dirigeants, parlementaires et technocrates, qui prenaient des décisions dans le scintillement des lustres à Bruxelles et Strasbourg, pouvaient vraiment réaliser la situation de ces gens-ci, qui étaient loin d’être une minorité à la marge dans ce pays.
Fin de l’aventure du Danube
Arrivée à la Mer Noire!
C’était une des plus longues étapes du voyage, mais le vent était avec nous. De plus l’appel de la Mer Noire se faisait de plus en plus pressant et après avoir repris nos forces à l’aide de barres de chocolats et de glaces dans une station de service, nous savions que ce serait pour ce soir! L’entrée en ville se faisait de nouveau par une autoroute. Si notre regard était le plus souvent fixé vers l’arrière à travers le rétroviseur afin de freiner les véhicules qui arrivaient à toute vitesse, le guidon lui maintenait le cap fermement vers l’est. Les faubourgs, puis le centre-ville de Constanta. Pas besoin de consulter de carte, nous suivions les mouettes, puis l’odeur du sel, toujours vers l’est. Puis tout à coup le bruit des vagues. Et alors c’est tout le voyage qui défilait en accéléré à travers des yeux embrumés par des larmes. Les efforts consentis, la souffrance parfois, mais surtout ce temps passé ensemble, en famille et avec tout ces gens rencontrés. Ces moments de bonheur partagé. En cet instant tout prenait du sens, tout s’imbriquait dans une parfaite harmonie. Ces derniers mètres, nous les survolions dans les parfums de l’émotion à fleur de peau. Puis enfin ce moment tant attendu, tant espéré. La mer s’offrait à nous avec un horizon vertigineux ouvert à l’infini.
Le 6 juin Manu a eu un accident sur l’escalator d’une station de métro de Tbilisi. Sa blessure a nécessité une petite intervention chirurgicale. Mais grâce aux bons soins prodigués il a pu rentrer dès le lendemain pour gambader, pas encore tout à fait comme avant, mais presque…
Manu a aussi profité de l’occasion pour réclamer des plats et jouets qu’il souhaitait ardemment… et qu’on aurait eu bien de la peine à lui refuser dans ces circonstances!
15h10 Une patrouille de gendarmes débarque au dispensaire. Ils demandent un médecin pour venir faire le constat « sur le lieu d’un accident de la circulation mortel. » « Mortel? C.à.d.? » « Ben il y a un mort et il faut venir faire le constat. » « Ah bon. Et pas de blessés à soigner? » « Ben c’est un accident mortel… » « Ah bon ».
15h15 Tante Jeanette étant occupée avec un patient hurlant comme si on était en train de l’égorger (il s’en tirera à bon compte!), elle délègue au bon docteur waza (étranger) la tâche du constat.
15h25 La patrouille ainsi que le bon docteur waza, légèrement équipé avec les moyens du bord (pour constater une mort...), prennent place dans la voiture et démarrent en direction de l'endroit présumé de l'accident.
15h41 Toujours pas d'accident en vue. Les gendarmes s'inquiètent et s'arrêtent au bord d'un précipice pour voir si l'accident ne se trouverait pas au fond...
15h42 L'inspection du précipice s'avère négatif. Pas d'accident ici.
15h43 Un camion est arrêté pour interrogation. Il y aurait peut-être bien un accident plus loin... La patrouille reprend la route.
15h50 Arrêt bref à un barrage de gendarme de routine. On n’y est pas au courant d’un accident quelconque.
15h55 Ça y est! La persévérance de la patrouille a payé. On arrive sur place.
Le 4x4 d'une mission de reforestation est sortie d'un virage et a fait plusieurs tonneaux en raison d'un véhicule poids lourd en contre-sens ayant empiété sur sa voie. Bilan six blessés graves (le conducteur et les passagers) éparpillés un peu partout dans les environs. « Aie! » « Ils ont tous été évacué au nord à la capitale. » « Ouf! » « Au fait l'accident a eu lieu à 11h30. » « Euh... Ben tiens y a déjà une autre patrouille sur place... » « Ben ouais, c'est plus notre juridiction... » « Bon... Euh, on rentre? »
16h30 Fin de mission. La patrouille est de retour au dispensaire. La route escarpée a fait son effet sur le bon docteur waza et celui-ci sort de la voiture pâle comme un linge et se dirige droit au cabinet.
Au dispensaire nous étions aux premières loges pour constater l’insécurité et la violence ambiante. Nous y voyions des patients avec des attaques de paniques, après avoir été braqués par des bandes à la gare routière d’Antananarivo, au retour du marché pour y vendre leurs produits locaux. Nous y voyions de nombreuses victimes de bagarres, parfois à couteaux tirés, où l’alcool jouait comme souvent un rôle prépondérant (l’alcool coutant moins cher qu’une bouteille d’eau). Un exemple spectaculaire de cette violence était l’histoire d’un hold-up sur la Route Nationale 7 qui traversait Behenjy depuis la capitale pour le sud.
Le Far-West
Taxi-brousses.
Une nuit de décembre, un taxi-brousse qui venait du sud s’était fait cambrioler à la mode du far-west: arrêté par un tronc d’arbre au milieu de la route! Le chauffeur qui avait aperçu l’obstacle s’était arrêté une cinquantaines de mètres avant et tous les occupants avaient détalé et fuit leurs poursuivants armés de machettes et de sabres. Certains ont alors trouvé refuge dans des maisons environnantes. Un des protecteurs l’a alors payé de son oreille. Les brigands ont enfoncé la porte et lui ont coupé une oreille au sabre, avant de lui infliger une balafre au visage et sur la poitrine!
De fait les taxi-brousses et les camions souhaitant voyager sur la RN7 de nuit étaient obligés de former de véritables convois avec sécurité privé ou police afin d’échapper à de tels incidents.
Un triste nouvel-an
Triste nouvel-an. Levée de corps d'une fillette du village qui avait disparu la veille.
Un autre fait divers ébranla particulièrement le village de Behenjy le jour de l’an. Une petite fille avait disparu la veille, après avoir été envoyée par sa mère au marché peu avant la tombée de la nuit pour y acheter des échalotes. Seulement la petite n’en est jamais revenue.
Après que la famille l’eut recherché sans succès la nuit durant, elle avertit finalement la gendarmerie. La malheureuse fut retrouvée inanimée dans la rivière en aval du marché en milieu de matinée.
C’est alors qu’on nous appela pour la levée du corps et l’autopsie. La nouvelle s’est répandue comme un feu de poudre. Tout le village ainsi que tout les gens endimanchés, qui avaient afflué des villages environnants pour échanger les voeux de bonne année en ce premier jour de l’an, s’étaient rassemblés des deux cotés de la rive ainsi que sur le pont en amont lors de notre arrivée.
Le corps de la fillette rendue à la famille.
La pauvre fut transportée à travers la foule sur une civière à la salle d’accouchement du dispensaire. Mais il fallut d’abord vider le dispensaire de toute la foule avide qui s’y était assemblée. Le constat du crime odieux et crapuleux était sans équivoque.
Rapidement l’identité d’une personne qui aurait donné un sou à la petite pour aller s’acheter un coca avant même qu’elle aie acheté les échalotes circulait. Aussi des gens auraient entendus d’autres dire à son enterrement que si elle n’était pas morte, ça aurait fait du grabuge, laissant sous-entendre que la petite aurait pu connaître son assassin. Certains étaient même persuadés qu’il s’agissait d’une vengeance familiale, mobile à l’appui… Pourtant l’enquête de la gendarmerie piétinait.
Les voleurs de zébu
Un des bouchers du marché de Behenjy.
Quelques semaines plus tard, pratiquement l’ensemble de la corporation des bouchers de Behenjy fut arrêtée et emprisonnée parce qu’ils avaient vendu de la viande de zébu volée. Ils s’étaient fait attrapés car les papiers d’origine du zébu vendu ce jour-ci n’étaient pas conformes. Ils restèrent au cachot pendant deux semaines, le temps de l’instruction. Durant cette période la viande de zébu était absente des étals du marché. Aussi une grande traque était organisée dans les massifs environnants à la recherche des membres de la bande organisée de voleurs de zébu qui sévissait dans la région ainsi que des zébus eux-mêmes. Mais on ne retrouva que des traces du troupeau de bétails volé dans les vastes montagnes.
Le rapport entre ces deux derniers faits divers? Certaines mauvaises langues, dépitées, ont prétendu par la suite qu’à Madagascar la vie d’un zébu valait plus que celle d’une petite fille.