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le dimanche, 11 juillet 2010 à 14:31

Aloys – Souvenirs sans fard d’une époque trouble

Regensburg. Rencontre avec Aloys. Au menu: Schweinshaxe, langue de porc, Knödel.

Souvent on nous demande quel est notre souvenir le plus marquant du présent voyage. Des faits et gestes, notament avec les enfants, des beaux paysages, etc., il y en a pleins. Cependant ce qui nous touche le plus sont les rencontres, nombreuses, souvent furtives, parfois plus soutenues. Mais s’il y avait une rencontre à raconter, ce serait celle d’ Aloys, un vieil allemand de 81 ans.

Notre équipage arriva à l’étape du jour, Regensburg, pour une fois avant midi. Car nous avions campé au bord du Danube pas loin de là et avions réussi à nous lever pas trop tard. Alors que nous nous étions arrêtés pour admirer un mariage tout en « Dirndl » et « Lederhosen » sur la place de l’ancienne mairie de Regensburg, un vieil homme, attablé au bistrot d’en face, avait prit la peine de se lever pour nous indiquer l’office du tourisme, puis une deuxième fois pour nous demander si nous avions besoin d’autre chose. Nous sympatisâmes rapidement et il nous invita à manger à sa table.

Ancien fonctionnaire des postes à la retraite, Aloys est marié et a eu une fille, pas de petits-enfants. Lui et son compère, voisin de table, en savaient un paquet sur l’histoire de la ville. Nous étions notamment étonnés que contrairement aux autres villes de Bavière et Souabe que nous avions traversé, celle-ci semblait avoir été épargnée par les bombardements de la deuxième guerre mondiale. Il nous expliqua que la ville aurait due être bombardée par les anglais, adeptes d’une stratégie devant semer la terreur afin de saper le moral des troupes, en bombardant les populations. Il se raconte qu’au dernier moment, grâce à l’entremise à la cour d’Angleterre des ducs de la ville, les Thurn und Taxis, ce sont les Américains en lieu et place des Anglais, qui ont bombardé la région. Et ceux-ci prenaient apparament le partie de cibler les industries et infrastructures nécessaires à l’effort de guerre allemand plutôt que la population.

Il nous raconta aussi l’histoire de l’ancien curé de la ville, Johann Maier, qui le 23 avril 1945 et à la demande de la population alla avec deux autres compères proposer la reddition sans combat de la ville aux responsables nazi de l’époque. Son audace lui a valu haut et court d’être pendu en exemple sur la la place de l’église avec ses malheureux compères. La ville tombait aux mains de l’alliance quelques jours plus tard.

Est-ce notre statut de gens de passage, notre jeune famille qui lui rappellait son passé ou mon origine française… A la question quels étaient ses souvenirs de cette époque, il commença à se confier. Il dit en avoir gardé des bons souvenirs. A demi mots, il raconta que sa famille vivait juste à coté d’ici, dans les quartiers pauvres de la ville, où se nichent à présent des boutiques bourgeoises. Son principal plaisir était d’aller se baigner dans le Danube. Sa mère faisait vivre toute la famille, son père étant embrigadé. Elle gagnait son pain comme couturière. C’était un métier recherché dans les campagnes de l’époque. Son frère ainé, à 20 ans à peine, faisait lui parti des Waffen SS. Silence. Finalement il dit: « Je sais ce que vous pensez. Ich bin auch ein Nazi ». Silence. Ca a de quoi jeter un froid sur la tablée la plus insouciante. Puis: « Je suis patriote, j’aime mon pays. Est-ce faux? » Il nous narra qu’il a aussi fait parti des jeunesses national-socialistes (Hitlerjugend), « comme tout les jeunes de l’époque ». Il se souvient aussi de la Reichskristallnacht, nuit où tout les commerces juives furent saccagés et pillés. « J’étais jeune, mais je m’en souviens car c’était un événement inhabituel. Nous n’avons pas participé. C’étaient d’autres qui ont fait ça ».

Je suis un peu gênée de ses confidences. J’ai des souvenirs de cette haine pour les allemands colportée par ma famille française. Un grand père qui s’est évadé des camps et des objets de cette fuite que ma grand mère gardait précieusement: une boussole et un couteau Opinel. Je suis gênée et sans doute je ne devrais pas l’être. Le vieux a bien vu que j’étais francaise. Mon silence l’intrigait. Je lui dis alors que j’étais touché de pouvoir entendre un témoignage de quelqu’un de « l’autre côté » et que c’était des temps bien tristes pour tout le monde. Le vieux n’a pas relevé, mais il a recommandé une sixième canette (0.5l) de bière « Bock » (11° alc.).

Puis finalement il s’est dit: « Que va penser ma « Mutti » si je rentre si tard! » Il nous a chaleureusement embrassé et est reparti avec dignité… et un discret titubement en direction de la Konradsiedlung, ancien quartier d’habitation construit pour loger les employés de l’usine des avions chasseurs Messerschmitt utilisés par la Luftwaffe. Autre vestige historique datant de l’époque de Hitler et qui sera détruit l’année prochaine. Tout un pan d’une époque dont Aloys était témoin et acteur appelé à disparaître. Qui se souviendra de lui et de son histoire quand il sera mort?

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