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Le Voyage de Noces

Un premier engagement le 6 septembre 2003 devant Dieu, nos familles respectives et nos amis. Le mariage est de nouveau en vogue, dit-on, avec la génération nés dans les années 70. Mariage, famille et tradition. Cela faisait 3 ans que nous sortions ensemble après s’être connu, sur les bancs de l’université de médecine. Une rencontre classique, banale, presque déjà écrite. Nous partagions l’amour des vieilles choses, objets marchandés aux puces, ayant déjà vécu une autre vie. Et puis le premier job après le diplôme, moi en clinique, Patrick en recherche. Les weekends à faire la fête comme si nous étions encore des étudiants et les premières balades en montagne à vache, négociées habilement pour faire sortir mon homme des fêtes sans fin du samedi soir et des dimanches au lit.

Et le voyage de noce dans tout ça. Il est passé à l’as, en décembre 2003 et a pris un autre nom, noyé dans la confusion d’un périple familial à Madagascar, avec autour de notre couple, mon frère & mes deux sœurs, ma mère, mon beau père et notre témoin de mariage. Voyage de noce en forme de rite de passage, la mariée étant encore partiellement la fille à sa Maman et pas encore tout à fait la femme de son nouvel époux.

200312-madagascar-001Sandra en Voilier à Madagascar

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Ce voyage de noce me laissa un goût d’inachevé et la belle excuse de le mettre dans un tiroir au chaud et de le ressortir tôt ou tard comme prétexte à une évasion en bonne et due forme.

J’ai 36 ans aujourd’hui, j’en avais 26 quand j’ai rencontré Patrick, 30 lorsque nous nous sommes marié et alternativement 33 et 34 ans à la naissance de nos 2 fils Manu et Leeroy. Je suis médecin psychiatre et psychothérapeute. Mon métier, c’est aussi donner « du sens ».

Nous sommes à 9 mois du départ, tiens 9 mois déjà… et Patrick, mon mari pense que je ne suis pas prête. C’est vrai, car lui prépare l’aspect objectif, le matériel, le blog, la logistique… et moi je suis comme la fiancée qui a dit oui au mariage, mais n’a pas encore réfléchi à la date de cérémonie.

Et pourtant le départ est annoncé à la famille, aux amis, aux collègues, aux employeurs.

Mais moi je pense au retour après 21 mois dans un autre canton, un peu à distance de ma famille et plus proche de la famille de Patrick. Je pense à ma carrière interrompue à quelques mois de la fin de formation. Je pense au voyage en soi, en huit clos, à quatre avec nos 2 enfants en bas âge. Je pense au froid et l’hiver prochain quand nous commencerons à pédaler en direction de la méditerranée avec nos  sacoches de voyage, notre tente. Je pense aux « Noces Rebelles », l’histoire de ce couple qui se meurt dans un conformisme social et je rêve de garder mon petit confort. Je pense à ma responsabilité de Maman, à notre responsabilité de parents et ai peur de faire faux.

Ce voyage a plusieurs visages, il n’est pas qu’un voyage de noce. Dans son aspect le plus intime, c’est un projet d’un couple effrontément libre, qui se fait en famille malgré 2 enfants, mais en même temps pour les enfants, parce que c’est une chance unique de partager ces années avec eux à l’âge où ils ont encore tellement besoin de nous. Manu commencera l’école obligatoire à notre retour.

C’est un projet que j’ai accepté par amour pour mon mari, pas dans l’idée d’un sacrifice, mais plutôt dans l’envie très forte de réussir notre mariage en s’offrant le luxe d’un voyage de noces pendant 21 mois.