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le vendredi, 24 décembre 2010 à 14:17

Bregovo/Vidin – La Nostalgie de Temps Anciens


Souper sous l'avant-toit du grenier à Bregovo.

Souper sous l'avant-toit du grenier à Bregovo.

Un bref contrôle des papiers, l’habituel étonnement autour de notre caravane, une bouteille de jus de fruits pour les enfants. Le passage de la douane serbe se faisait dans la bonne humeur, mais non sans un peu de tristesse. Les semaines passées en Croatie et Serbie nous avaient en quelque sorte envoûté. Il avait été facile de s’habituer à la vivacité, la spontanéité et la gentillesse des gens. Puis nous venions de quitter José avec qui nous avions passé trois fantastiques journées.

Mais voilà, le voyage est ainsi fait qu’il faut aller de l’avant. C’est donc de bon cœur que nous suivions les travailleurs frontaliers à travers le no-mans-land au poste de douane bulgare. Nos bribes de serbe semblaient être comprises. De quoi rassurer et rentabiliser le temps passé à apprendre le vocabulaire serbe. Un allaitement plus tard nous reprenions nos montures pour s’enfoncer dans le village frontalier et avec la mission de trouver un endroit pour la nuit.

Campement de Bregovo

Notre campement à Bregovo.

Seulement il n’y avait pas grand monde dans les rues. Les jardins étaient autant désertés. Et la nuit tombait sûrement. Alors quand nous avons vu deux hommes assis sur un banc dans une rue perpendiculaire, nous nous sommes précipités pour aller leur demander si ils avaient un lopin de terre dans leur jardin où poser notre tente. D’abord perplexe après nos présentations, l’un d’eux s’est levé pour aller se renseigner, alors que la femme de l’autre nous rejoignait, attirée par les voix de nos enfants. A voir son sourire chaleureux, nous étions certains que nous n’aurions pas besoin d’aller plus loin ce soir.

Le premier revenait et nous invitait à poser la tente dans son jardin. Alors que l’épouse du deuxième nous proposait de nous laver dans sa maison. Une douche chaude! La première depuis une semaine. Le bonheur. Puis elle venait nous apporter un souper fait de pain, viande, fromage et tomates et de popcorn pour les enfants.

A Bregovo, chez le couple qui nous a offert douche et repas.

Elle et son mari ne travaillaient plus depuis plusieurs années. Elle avait eu un poste comme femme de ménage au poste de douane puis avait démissionné. Bosser pour à peine 30 euros par mois ne valait pas la peine. Ses enfants les aidaient financièrement. Elle nous expliqua fièrement et avec amour que ses enfants vivaient à l’étranger. Un fils marié en Hollande, l’autre terminait ses études aux Etats-Unis, marié à une juriste coréenne travaillant pour le Pentagone. Ses enfants et petits-enfants étaient rentrés aux pays leur rendre visite il y a peu, pour les vacances d’été. Les pancartes souhaitant leur bienvenue décoraient encore l’entrée de la maison. Notre passage semblait prolonger son été… et sa présence le notre.

Zone sinistrée

Manu dessine.

Le lendemain nous repartions sous un soleil radieux après la lessive et une session d’école pour les garçons… pour nous arrêter aussitôt pour discuter avec un couple de cyclistes bernois sur la route du Danube. C’était plutôt rare que nous rencontrions d’autres cyclistes avec qui parler (les allemands quoique relativement nombreux étant souvent peu loquaces), de surcroît des suisses! La Suisse elle nous semblait désormais si loin…

Sur la route nous étions d’emblée frappés par le peu de vie dans les rues. Pas d’enfants, pas de commerces, même pas de chiens. Des maisons à vendre, des maisons barricadées, des maisons en ruines. D’anciennes carcasses de fermes collectives ornaient le paysage. La nature reprenait ses droits dans les cours d’anciennes usines. Zone sinistrée de désintérêt national.

Il était déjà l’heure de manger. Dans un petit village une place sous le soleil tapant, quelques banquettes étroites sous l’ombre de châtaigniers et des gamins (enfin) qui jouaient autour de vieux canons d’artillerie. A coté une place de marché fantomatique. En face, des employés de l’administration communale sortaient au compte-goutte pour fumer leur clope et nous scruter. Quelques villageois traversaient la place pour régler des affaires à ladite administration. Rares étaient ceux qui nous faisaient un signe ou nous disaient bonjour.

La dame qui a offert la jupe et la robe à Kudelin.

Pourtant à la fin du repas un homme en début de retraite vint admirer nos vélos. Scrupuleusement il comptait les plateaux de vitesse avant, puis les vitesses de la cassette à l’arrière. « Hum », c’était forcément des vélos de fabrications allemande, « n’est-ce pas?… Non, hollandais? Hum… Ah, mais les remorques sont allemandes… Le peuple allemand, quel peuple travailleur! Vous êtes allemands?…Non? Ah, l’Allemagne. » Puis il sortait son portemonnaie et y saisit une photo. Pas n’importe laquelle. Un portrait d’Adolf Hitler! Pourquoi nous montrer ça à nous? Allez savoir!

Le centre de Novo Selo.

A deux mètres de là une vieille assise il y a déjà une heure, avait disparu, puis était réapparue alors que nous discutions encore avec le monsieur. Après son départ elle s’est rapprochée de nous. Elle était sous le charme d’Ella. Et Ella le lui rendait bien. La vieille était revenue avec des cadeaux: une petite jupe en tricot orange ainsi qu’une robe blanc-crème magnifique et tricotée elle aussi. Nous étions très touchés par son attention. A demi-mots nous comprenions qu’elle était veuve et vivait seule.

L’après-midi fut marquée par la traversée de Novo Selo, « Nouveau village » en bulgare. Petite bourgade tout aussi désolée que les villages précédents, sinon plus. Des carcasses de voitures et de tracteurs jonchaient les trottoirs, les

Une rue de Novo Selo.

crépis des maisons et de l’église tombaient indifféremment. Pourtant certaines maisons laissaient deviner un passé bien plus prospère. Un, deux commerces étaient bien ouverts. Pourtant les étals presque vides s’exhibaient à travers des vitres poussiéreuses. Au milieu de la bourgade le service social avec sa porte grande ouverte qui laissait s’échapper le vide. Deux ou trois usines désaffectées à la sortie. Puis ouf, soulagement, le panneau annonçant la fin de cet endroit de désolation. Curieusement ce panneau semblait être ce qu’il y avait de plus neuf à Novo Selo.

Méfiance

La fin de l'après-midi approche. Patrick sur son vélo.

La fin d’après-midi s’approchait déjà. Il était à nouveau temps de penser à l’hébergement. Nous n’étions plus très loin de la ville, mais nous souhaitions plutôt trouver un coin dans un jardin dans un des villages avant et éviter la ville. Nous nous sommes arrêtés au milieu d’un attroupement de gamins jouant dans la rue d’un petit quartier de village. Des adultes se sont rapprochés. Nous nous sommes présentés comme à l’accoutumé, avons demandé un coin de jardin, mais sommes tombés sur des regards incrédules et désapprobateurs. Il y aurait un camping à la ville suivante à 6 km de là. Et qu’importe la nuit tombante et Ella qui commençait à avoir faim, nous avions qu’à aller jusque là-bas. Ils commencèrent à nous questionner sur notre provenance, sur l’état réglementaire de nos papiers. Et ils voulaient même nous amener à la police pour nous y faire passer un contrôle. Nous avons courbé l’échine devant tant de zèle et sommes repartis, accompagnés d’un vieux monsieur à vélo qui était sensé nous amener au poste de police de la ville puis au camping?

Le campement dans les buissons du parc de Vidin avec à l’arrière le Baba Vida, la forteresse turque. Leeroy: « Ils sont partis les pirates? »

Nous n’avions envie ni de l’un, ni de l’autre. Un camping dans cette région ne nous aguichait vraiment pas. Situé à distance de la ville, nous étions devenus très suspicieux des campings depuis l’épisode de tentative de vol en Hongrie. Et de surcroît nous doutions que les sanitaires dans cette région désolée allait apporter un vrai plus de confort…

Nous tentions donc encore notre chance à l’entrée de la ville. Mais les jardins se faisaient de plus en plus étroits. Un jeune nous proposa finalement son aide. Il n’avait pas d’endroit à lui pour nous héberger, mais il était prêt à nous accompagner à un parc public au bord du Danube où il était possible de camper. Nous n’avions plus vraiment le choix. Il courut donc devant nous à travers toute la ville jusqu’à ce fameux parc. A son entrée, une vieille maison était habitée par plusieurs familles Roms, ou était-ce plutôt une famille nombreuse? Il nous amena à une fontaine et nous montrait la pelouse au pied du Baba Vida, l’ancienne forteresse turque.

Les danseuses de Vidin.

Question discrétion et sécurité, on pouvait faire mieux. Mais l’heure n’était plus à la tergiversation. La nuit était tombée. Les moustiques nous harcelaient de nouveau. La fatigue de la journée se faisait sentir. Les gamins était excités et Ella avait faim. Nous trouvions finalement un endroit plus discret à quelques mètres au milieu des buissons. La tente fut montée dans le noir et les gamins réduits au silence sous la menace de pirates qui nous cambrioleraient si notre présence venait à s’ébruiter. Ce n’était pas très sympa, mais efficace. Et dieu merci, la nuit fut tranquille.

Bloc n°7, Vidin.

Le lendemain matin une drôle de musique nous réveilla de bonne heure. Une sorte de lamentation mélancolique à fendre le cœur émanait d’un cassettophone posé sur la pelouse attenante. Autour, deux dames s’adonnaient à une danse méditative et accompagnaient la musique de leur voix frêle. Spectacle fascinant, d’un autre monde, sorte de Tai-chi ou Yoga bulgare.

Au centre ville, l’activité de l’artère principale contrastait avec la désolation des bourgades aux alentours. Mais déjà derrière cette rue, le temps semblait à nouveau s’être arrêté en 1989. La peinture parfois récente des blockhaus ne parvenait pas à cacher la rouille de leur balcon. Nous traversions la banlieue rapidement pour rejoindre le ferry qui devait nous amener sur le bord roumain du Danube.

Le bac entre Vidin et Calafat.

Une ambiance bizarre nous avait accompagné durant ces deux jours en Bulgarie. Des codes différents semblaient régir les relations entre les gens et nous voyageurs qui entraînait une méfiance réciproque. De plus les villages étaient vidés de leur substance. La tristesse ambiante nous poussait en avant et nous nous réjouissions d’autant plus de passer en Roumanie.

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