A sample text widget

Etiam pulvinar consectetur dolor sed malesuada. Ut convallis euismod dolor nec pretium. Nunc ut tristique massa.

Nam sodales mi vitae dolor ullamcorper et vulputate enim accumsan. Morbi orci magna, tincidunt vitae molestie nec, molestie at mi. Nulla nulla lorem, suscipit in posuere in, interdum non magna.

le dimanche, 12 septembre 2010 à 12:00

Batina / Ilok – La Croatie – Le destin de deux anciens combattants

Le village de Batina à la frontière serbo-croate.

En passant la frontière hongroise en plein cagnart de ce mois de juillet 2010, notre première impression de la Serbie est mitigée. Bezdan, un des premiers villages serbes est pauvre. A côté de la place principale du village, désolée, il y a un carré d’herbe. Là, un cochon de lait gît, mort, abandonné, me rappelant brutalement qu’ici il y avait la guerre et ses charniers il n’y a pas si longtemps. Mus par les mêmes sentiments, nous décidons de passer la frontière en Croatie à quelques kilomètres de là.

La Croatie est plus prospère, plus rassurante au premier abord. Nous poserons le camp au bord du Danube, dans le jardin de la maison de plaisance d’un couple de retraités parlant russe. Ca nous permet de rafraîchir les quelques mots de russe que nous connaissons, les connaissances de serbo-croate étant encore nulles. Le fleuve, large et puissant, rappelle étrangement le Mékong. D’autant plus que le climat se fait plus humide et la forêt plus dense.

Quelle surprise quand nous trouvons ces croissants encore tout chauds au réveil à Batina.

Une première surprise nous attend le matin en sortant de la tente. Un plateau de croissants encore tout chauds avec dessus posée une rose. Le tout préparé avec amour par la grand-mère. Un changement bienvenu avec notre porridge habituel! Pour la remercier, les garçons lui font des dessins de la Suisse. Malheureusement nous ne la verrons plus, car elle est déjà partie de bonne heure et reviendra qu’après notre départ.

La boulangère de Knezevi Vinogradi.

Ici, la route est plus vallonnée et c’est affamés que nous décidons, une fois n’est pas coutume, de nous offrir un morceau de barbaque pour midi. Nous nous arrêtons face à une boulangerie mais le bar attenant ne sert pas de repas. Alors que nous sommes en train de repartir, la boulangère sort avec un sac de victuailles à la main. Deux gros pain, du lait et des viennoiseries au fromage.! Nous sommes encore en train de pique-niquer sur la place quand elle revient avec du jus de fruits et des böreks (sorte de feuilleté farci à la viande, au fromage ou aux fruits). Surréaliste. Un instant plus tard, je vois la dite dame avec une énorme pastèque, j’ai un peu honte, mais je suis rassuré que cette dernière ne soit pas pour nous, finalement (même si par la suite nous n’ échapperons pas au don de pastèques).

Bilije, chez Tibor le cordonnier

En principe, nous évitons de dormir dans les villes et un village avant Osijek nous reperons un groupe de femmes assises à une table devant un salon de coiffure. Nous nous présentons nous et notre projet de voyage, notre flyer s’avèrant être une carte de visite utile au delà de notre besoin de trouver un endroit pour la nuit. Les femmes font partis de la même famille et après un appel téléphonique, nous sommes invités chez les parents de l’une d’entre elle, à l’arrière du jardin de la maison.

Sandra chez la coiffeuse à Bilije, la soeur à Tibor.

Ambiance familiale chaleureuse d’autant plus qu’il y a deux bébés de quelques mois. Ella reçoit une nouvelle garde robe,des peluches, un biberon et un sac de couchage léger en deux temps trois mouvements. Et Sandra et Patrick se retrouvent avec une nouvelle coupe de cheveux.

Nos hôtes sont des hongrois d’origine et parlent principalement le hongrois entre eux. La grand-mère montre fièrement une photo de ses huits enfants et explique que née en Serbie voisine, elle a déménagé dix-huit fois dans sa vie et à travers l’histoire, entre la Serbie, la Hongrie et la Croatie. Nous poserons la tente dans le jardin du second fils Tibor.

Chez Tibor le cordonnier. Manu et Leeroy dans la chambre à Nicoletta.

D’une quarantaine d’année, avec de beaux restes de bodybuilding, Tibor a deux filles adolescentes. L’ainée doit partir le lendemain pour gagner de l’argent pour financer une partie de ses études. Les temps sont durs. Surtout depuis la fin de la guerre et accentué par la crise financière. Tibor est cordonnier et son atelier est attenant à sa petite maison. Sa femme vient de trouver un travail après plusieurs années de recherches infructueuses et frustrantes.

Pendant la guerre contre la Serbie, ils avaient déménagé chez une soeur sur la côte adriatique, puis ils sont revenu pour être à la campagne. La guerre il en parle spontanément et rapidement. Il a défendu la ville de Vukovar. Il dit qu’il a pardonné mais que la plupart des gens ici pas encore. Sa femme aussi a besoin de temps. Il dégage une grande impression de sérénité à travers sa foi en dieu.

Tibor le cordonnier à Bilije.

Puis il nous parle de sa situation économique, comment il a pu acquérir ses machines de cordonnier d’occasion grâce à un prêt familial (jamais facile), ses vingt ans de crédit pour une maison de 50’000 Euros, ses sept ans de crédit pour une voiture d’occasion à 7000 euros! Il est probable qu’à la fin de sa carrière, il n’y ait plus de cordonnier à Bilije. « It’s impossible » revient souvent entre ses lèvres. Mais pas aussi souvent que « Thank God ».

Osijek, la ville voisine animée, possède une plage fréquentée en masse durant ces jours de canicule et une belle vieille ville. Pourtant, au détour d’une rue nous rencontrons une façade criblée de balles. Effrayant.

Vukovar, chez Ivan l’agent de sécurité

Notre campement dans le jardin d'Ivan. Derrière, une maison détruite par les obus.

C’est de nouveau le coeur lourd que nous quittons nos hôtes, après plusieurrs nuits, en direction de Vukovar. Quelques kilomètres avant la ville, nous cherchons un jardin chez l’habitant et demandons directement à plusieurs personnes. Mais aujourd’hui, personne ne veut nous prêter son gazon, malgré la nuit tombante et ce n’est pas une question de langue. Découragée, je propose à Patrick de bivouaquer, mais celui ci s’obstine. Nous nous apprêtons à faire une ultime demande quand un cycliste nous salue, nous dépasse, puis fait demi tour.

Ivan a 40 ans, il vient de rentrer il y a une semaine d’un trip à vélo à travers la Croatie en direction de l’Adriatique. Un jour, il a dû faire 200 kilomètres sans trouver l’hospitalité. C’était dans une des régions les plus touchées par la guerre. Les gens semblent y garder une certaine méfiance. Il nous invite alors chez lui, en nous prévenant qu’il ne peut pas nous offrir à manger, mais le café volontiers ainsi que sa pelouse.

La nuit est tombée quand nous arrivons dans un lotissement animé par les jeux des enfants. La moitié des maisons sont encore détruites, l’autre moitié des maisons semblent à moitié finis. Les briques rouges, nues, exhibent toujours d’innombrables impacts de balles. Et les routes de la ville sont truffés de nids de poules, traces d’impacts de grenades et d’obus. Nous sommes à Vukovar et les chiens, la nuit tombée, semblent hurler la souffrance de la ville.

Vukovar. Un moment de tendresse entre Ella et l'épouse d'Ivan. Et une envie de s'y accrocher.

Ivan est marié et père de 2 filles de 6 et 8 ans. Sa femme est belle, son regard est triste et fatigué, elle a la beauté un peu fanée de Simone Signoret et une grande douceur.

Ivan a défendu son pays. Nous le voyons posant fièrement sur des photos avec des amis lors du service. Pourtant maintenant il n’a plus qu’un mot à la bouche pour commenter ces photos: « Catastrophe ».

A la fin de la guerre, le couple a déménagé avec leurs filles à Vukovar même. Paradoxalement, la vie dans les villages est devenu trop chère pour la famille. Les écoles ont fermées et les liaisons en bus sont onéreuses et peu nombreuses. Le couple ne peut pas se permettre d’avoir une voiture. Et pourtant ici, ils sont isolés de leur familles respectives.

Vukovar. Ivan à gauche, son épouse (3è à droite), leur deux filles (4è et 5è à droite) avec une famille amie.

Ivan explique avec pudeur qu’il n’a pas pu avoir d’enfant pendant des années. Il pense que c’est en lien avec la guerre, les bombes sales à l’uranium. Etonnament, nous avions croisé les jour précédants en Croatie plusieurs couples qui nous parlèrent de leur problèmes de conception. Mais c’est seulement maintenant que nous faisons le possible lien. Après avoir subi une opération, nous dit-il, ils ont enfin pu avoir leurs deux charmantes filles.

Après la guerre, Ivan a travaillé comme sécuritas pendant 10 ans. Puis les cauchemars sont venus hanter ses nuits. En plus de l’insomnie, il a commencé a souffrir d’une perte de concentration, d’une irritabilité accrue, etc. Il a pété les plombs et a perdu son travail. Il souffre de syndrôme de stress post-traumatique, comme beaucoup d’autres de sa génération. Il bénéficie d’un suivi en thérapie de groupe qui l’aide doucement. Mais à Vukovar il est difficile d’échapper aux flashback de la guerre, à moins d’être aveugle.

Sa femme fait vivre la famille financièrement en travaillant comme caissière. Elle dit que les temps à la maison ont été très durs. Qu’ils retrouvent une certaine paix, mais nous sentons bien l’équilibre encore très fragile.

Vukovar. Une maison criblée de balles.

Nous comprenons alors mieux pourquoi à Vukovar, il était difficile d’être accueillis. La région est encore traumatisée…

Le lendemain matin Ivan, c’est lui qui a désormais la résponsabilité des tâches ménagères, prépare, contre toute attente, un festin de crèpes en guise de déjeuner. Il a aussi besoin de passer un long moment avec Patrick à discuter dans la cave. La cave dont les murs portent les cicatrices d’une explosion d’obus.

Nous repartons en début d’après midi sous la pluie. Une journée maussade. Les mots manquent pour décrire la ville. Pratiquement toutes les maisons exhibent encore les plaies béantes d’un terrible siège de cent jours. Nombreuses sont les maisons encore détruites et abandonnées, quinze ans après la fin de la guerre. D’autres ont été restaurés, mais les habitants les ont quitté dans un deuxième temps. Peut-être harboraient-elles trop de fantômes. Alors que la ville comptait 40’000 habitants avant la guerre, elle n’en compte plus que 20’000 aujourd’hui.

Nous la quittons sans l’avoir visité. Elle nous semble irréelle. Nous n’avons qu’une idée en tête: partir d’ici. Toute la journée pourtant, les mots d’Ivan résonneront dans la tête. Ils rebondissent sans cesse, comme des coquilles creuses, alors que nous sommes dans l’impossibilité d’imaginer leur sens, l’ampleur de l’horreur qui se cache derrière ces mots, derrière le regard vide d’Ivan.

Ilok

Ilok, la maison slovène. Un centre de rencontre culturel, là les hommes jouent aux cartes.

La route est très vallonée et Ilok la dernière ville croate à la frontière me semble inatteignable. Nous y arrivons en fin d’après-midi. Le demi-litre de benzine, que nous utilisons pour le réchaud de cuisine, nous est offert à la station de service du coin. La communauté slovène y possède une salle des fêtes et une petite scène de spectacle où ils acceptent que nous posons notre tente.

Les garçons ont encore le temps de jouer au foot avec la petite bande d’ados qui fument des clopes en cachette. Fatigués, les enfants s’endorment tôt et nous nous offrons le luxe d’une dernière bière en amoureux.

C’est notre dernière soirée en Croatie. Demain nous repasserons à l’autre bord, en Serbie.

Your browser could not include this object

1 comment to Batina / Ilok – La Croatie – Le destin de deux anciens combattants

  • Nathanaelle

    Bonjour la petite famille… je trouve toujours autant passionnant de lire vos etapes… c est impressionnant tout ce que vous vivez… et les enfants comment vivent-ils tout ce qu’ils voient.. pour eux aussi ca doit etre impressionnant meme si ils n ont pas la meme perception des choses que nous… Bonne continuation en tout cas…

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>