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le vendredi, 24 juin 2011 à 13:10

Calarasi/Constanta – La Fin de la Fantastique Aventure du Danube

Linge pendu à Ostrov.

C’est avec un peu de nostalgie que nous avons traversé le Danube une dernière fois, pour affronter les 150 derniers kilomètres avant la Mer Noire. De l’autre coté, outre les collines auxquelles nous nous attendions, ce sont surtout les pavés qui ont failli avoir raison de notre dentition. On se serait dit sur une voie romaine. Le paysage de la plaine sans fin laissait la place à des collines recouvertes de vignes derrière des barbelés. Les villages semblaient encore plus pauvres. Toujours des puits dans les villages mais surtout des façades décrépitées. Les jardins semblaient moins soignés. Après une pause de midi près d’une petite fontaine où une vieille édentée et moitié écervelée a craché sur Ella parce que cette dernière refusait d’aller dans ses bras, je sentais que passer le fleuve était la fin d’une étape.

« Misère, misère »

A Ostrov, on vient de nous refuser l'hospitalité pour la 2è fois. Une démarche jamais facile ni agréable, même après plusieurs mois de voyage et tant d'expériences extraordinaires.

Ce soir la légendaire hospitalité roumaine nous a fait faux bond. A Ostrov les jardins nichés dans des pentes escarpées étaient trop exigus pour notre campement et le moindre bout de terrain plat cultivé. Finalement à la tombée de la nuit nous avons repéré une masure sur un terrain défriché. Deux fillettes jouaient sur le pas de porte. Leur grand frère, un beau jeune gars du nom de Florine, est venu nous voir. Oui, nous pouvions poser notre campement et avoir accès à l’eau. Les fillettes, âgées de quatre et sept ans, observaient attentivement notre équipage, avant de s’engager à jouer avec nos enfants. Pendant ce temps Florine nous préparait de l’eau pour nous laver et nous invitait prudemment à cuisiner et manger à l’intérieur, dans leur humble cuisine faite de briques de terre. Quelques galettes de pain secs trainaient dans un cornet plastique. Les chaises aux pieds au bord de la rupture branlaient sur un sol en terre battue. Par terre, des outils des champs: pelle, herse, fourche. Nous leurs avons offert de partager notre repas, mais ils refusaient. Tout juste les gamines acceptaient d’abord timidement puis avec un grand sourire les carrés de chocolats qui nous restaient.

Diana dans la cuisine de sa maison à Ostrov. Devant la carte cycliste du Danube.

Puis soudain, il était déjà 22 heures, Diana, l’ainée des filles s’est agitée et a insisté pour qu’on sorte sans rien laisser trainer dans la maison. Déjà nous entendions le bruit d’une carrosse tractée par un cheval qui s’arrêtait devant la maison. Une femme gracile et deux hommes dont l’un était ivre mort sont descendus de la charrue. Nous les avons accueilli un peu gênés et la surprise (pas des moindres) passée, ils nous ont néanmoins souhaité la bienvenue. Marella, la mère, m’a rapidement entrainé loin des regards des hommes et me répétait: « Ici c’est la misère, la misère! » Difficile de la contre-dire. Pendant ce temps Patrick, après s’être employé à expliquer pourquoi il ne boirait pas plus d’un verre, essayait de démêler les relations qui liaient ce trio. Ce que nous redoutions à fini par s’avérer. L’homme de la maison, c’était bien Gheorghe, celui qui était ivre mort, l’autre son ami. Ils s’efforçaient à nous inviter à nous installer à l’intérieur pour la nuit avec les enfants, ce que nous refusions poliment, d’autant plus que nos enfants dormaient déjà dans la tente. Puis après de brèves présentations nous nous sommes couchés à notre tour.

Le lendemain à notre réveil, Gheorghe et Florine étaient déjà partis à la pêche. Marella nous évitait quelque peu du regard. Par contre Diana est venue nous demander de l’argent pour acheter de la lessive. Interloqués nous faisions semblant de ne pas comprendre. Il était évident que nous laisserions de l’argent pour la nuit, mais il était hors de question que ça se fasse par intermédiaire des enfants! Finalement au moment du départ, Marella à commencé à se détendre et à se confier.

Charrue à chevaux.

Elle était d’origine moldave, son mari turc. Sa famille était restée en Moldavie et elle ne possédait rien ici: la maison appartenait à son mari. Florine était le fruit d’un précédent mariage de Gheorghe, Diana, blonde comme le blé, était issue d’une précédente relation d’amour de la mère en Moldavie, et dont le père était décédé dans un accident de la route. La cadette finalement était issue de ce mariage. Marella nous montrait son œil au beurre noir ainsi que des bleus sur son corps, qu’il nous avait déjà été difficile d’ignorer toute la matinée, et nous expliquait qu’elle s’était disputée avec son mari cette nuit. Ça arrivait malheureusement souvent, Gheorghe, sans travail fixe, abusant allégrement de la bouteille. Elle nous partageait son souhait de le quitter, mais ne voyait pas comment s’en sortir avec les enfants, ni où aller. Elle avait déjà tout quitté une fois, en espérant un avenir meilleur, et là il lui manquait cruellement du courage et de la force pour tout plaquer puis recommencer.

Nous nous sentions impuissant. Tout juste nous pouvions l’écouter et lui prodiguer quelques soins médicaux dont elle avait par ailleurs besoin, mais qu’elle ne pouvait se procurer faute d’argent. La fillette s’est jetée sur les billets que nous avons laissé pour aller acheter de la lessive. Nous aurions pu rester un jour de plus, mais nous n’avions qu’une envie, celle de partir. C’était trop de misère. Dommage, car nos garçons s’entendaient à merveille avec les gamines, qui étaient vraiment adorables.

Plus fou que nous?

100 derniers kilomètres jusqu'à la mer, toujours sur les pavés.

La route avait la magie d’instantanément remplacer le poids de cette triste misère par celui, bien plus léger, de notre caravane. Pourtant les collines successives et ces satanés pavés nous ont fait piocher dans le dur. Alors quand à l’heure du repas nous avons aperçu un couple de cycliste au style « so british » et si charmant au bord de la route, nous nous sommes arrêtés de bon cœur pour échanger des nouvelles et nos expériences le temps d’un joyeux repas dans l’herbe. D’autant plus que c’étaient les premiers voyageurs à vélo que nous rencontrions en Roumanie.

Mais la vraie surprise est arrivée 500 mètres plus loin lorsque revigorés nous sommes repartis… pour nous arrêter à nouveau à l’invitation d’un couple cycliste allemand cette fois-ci avec deux remorques et… deux énormes chiens, dont le plus grand pesait plus que Patrick! Ils nous ont invité pour un café, qui ma fois tombait à pic. Nous avons écouté leur histoire et leur projet de voyage à vélo à « quatre ». Et si nous avions certainement pas choisi la facilité en voyageant avec nos enfants, que penser de leur aventure? Impossible de loger dans des hôtels, pas moyen de se faire inviter chez les gens, sans compter les dommages collatéraux, comprenez poulets braconnés. Au moins la sécurité autour de leur camp était assuré… Cela vous étonnera-t-il? Eux semblaient en penser pas moins de notre caravane! Décidément nos « deux familles » détonnions sur ces routes, dans le va-et-vient des roms en chariottes à chevaux!

Après une nuit dans une petite pension nous avons attaqué le troisième jour sur les pavés. Ceux-ci commençait à nous user quelque peu et nous étions impatients d’arriver à la Mer Noire. Nous étions plus irritables, si bien que nous avons passé toute la journée sans nous parler… jusqu’au moment où il fallait trouver un endroit pour la nuit. Nous l’avons découvert que plus tard, au musée de Constanta, mais ce jour-là et à cause de la mauvaise humeur ambiante, nous avons manqué de visiter les ruines extraordinaires de l’ancienne cité romaine à Adamclisi, dont nous avions pourtant aperçu les murailles depuis la route!

Même pas deux dollars par jour

Chez Mariana et Luz.

Nous avons passé la nuit à Deleni chez Mariana et Luz, un couple de notre âge, mais avec des enfants qui étaient déjà adolescents. Luz était sans travail fixe, il cherchait à s’occuper dans les champs et dans la ville d’à coté, comme la plupart des gens que nous rencontrions ici. Mariana s’était fait licenciée il y a trois mois de son travail dans une station de service tout proche. Ce travail avait permis de faire vivre la famille en-dessus du seuil de pauvreté. Désormais ils faisaient leur possible pour que leurs enfants continuent à visiter le collège, mais il n’était plus question par exemple qu’ils y aillent en bus. C’est leur père qui les y amenait en charrue avec leur cheval. Vingt kilomètres, càd. deux heures de route, à cheval, en aller simple pour aller à l’école. Départ à six heures du matin, retour à six heures du soir. Mais toute la famille s’accrochait à cette éducation du collège, ou les deux enfants présentaient des notes plus qu’honorables. L’ainé avait même reçu le prix du meilleur élève en mathématique et ils espéraient qu’il allait pouvoir bénéficier l’année prochaine d’une bourse pour entrer à l’université.

Mariana. Derrière le sourire, un coeur lourd.

Quant nous sommes partis de chez eux, nous avons aperçu la station de service en question un peu plus loin. En effet elle était fermée, sevrée de personnel. Il restait une pompe automatique, une boîte, où l’on payait soi-même avec une carte de crédit. Une vue à nous donner la nausée. La logique qui voulait qu’au nom du progrès il fallait sacrifier ces emplois, pourtant si peu payés mais qui signifiait tant pour ces familles, nous dépassait complétement en ce moment presque irréel. Vraiment, nous n’enviions pas le métier qui consistait à prendre ce genre de décisions.

Les années Ceaucescu avaient appris aux gens, malgré eux, à se débrouiller et à pratiquement vivre en autarcie. Comme nous l’avions vu jusqu’à présent, par exemple chez Lucia et Patru ainsi que chez Maria et Eugen, cela semblait plutôt bien réussir aux retraités qui n’avaient plus d’autres obligations et qui étaient épargnés des pépins et aléas de toute sorte. Mais il était autrement plus ardu d’élever des enfants dans ces conditions-là: avoir de quoi se nourrir, mais pas le sou. C’était un défi que nous sentions peser vraiment lourd dans le cœur des parents que nous rencontrions, que ce soit ici ou chez Mirella et Mihai. Pourtant nous étions bien en Europe, celle les étoiles. Mais qu’elle semblait loin, cette Europe-ci, de l’Europe que nous avions l’habitude de côtoyer. Et nous nous demandions jusqu’à quel point les dirigeants, parlementaires et technocrates, qui prenaient des décisions dans le scintillement des lustres à Bruxelles et Strasbourg, pouvaient vraiment réaliser la situation de ces gens-ci, qui étaient loin d’être une minorité à la marge dans ce pays.

Fin de l’aventure du Danube

Arrivée à la Mer Noire!

C’était une des plus longues étapes du voyage, mais le vent était avec nous. De plus l’appel de la Mer Noire se faisait de plus en plus pressant et après avoir repris nos forces à l’aide de barres de chocolats et de glaces dans une station de service, nous savions que ce serait pour ce soir! L’entrée en ville se faisait de nouveau par une autoroute. Si notre regard était le plus souvent fixé vers l’arrière à travers le rétroviseur afin de freiner les véhicules qui arrivaient à toute vitesse, le guidon lui maintenait le cap fermement vers l’est. Les faubourgs, puis le centre-ville de Constanta. Pas besoin de consulter de carte, nous suivions les mouettes, puis l’odeur du sel, toujours vers l’est. Puis tout à coup le bruit des vagues. Et alors c’est tout le voyage qui défilait en accéléré à travers des yeux embrumés par des larmes. Les efforts consentis, la souffrance parfois, mais surtout ce temps passé ensemble, en famille et avec tout ces gens rencontrés. Ces moments de bonheur partagé. En cet instant tout prenait du sens, tout s’imbriquait dans une parfaite harmonie. Ces derniers mètres, nous les survolions dans les parfums de l’émotion à fleur de peau. Puis enfin ce moment tant attendu, tant espéré. La mer s’offrait à nous avec un horizon vertigineux ouvert à l’infini.

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