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le mercredi, 29 décembre 2010 à 08:00

Negoi – Chez Lucia et Patru

A Negoi chez Patru et Lucia, où ça sent bon le linge frais.

Le vent soufflait dru. Le temps s’était soudainement rafraichi depuis notre arrivée à Vidin il y a deux jours. L’été avait été magnifique, mais semblait toucher à sa fin en ce premier septembre. Nous étions installés sur la banquette devant l’enclos de cette maison qui sentait bon la lessive fraiche et nous avions à peine sorti nos affaires de cuisine. Alors quand Patru, le propriétaire des lieux, est venu nous inviter à aller manger à l’intérieur, nous n’avons pas hésité longtemps.

Derrière l’enclos il y avait une petite maison de plein pied. A l’arrière de la maisonnette c’était la lande. Une prairie sèche pleine de chardonneux que les mulets et les oies semblaient apprécier. Le Danube était loin à l’horizon devant la chaine montagneuse des Balkans bulgares.

Promenade du soir avec Patru sur la plaine du Danube.

L’épisode de la veille nous rendait prudent. Comme tous les gens que nous rencontrions depuis deux jours, Patru aussi disait qu’il fallait se méfier des voleurs, mais que lui n’était pas comme cela. Seulement quand tout le monde commence par dire la même chose, comment faire la différence entre bons et méchants? Eh bien quand Lucia, son épouse, nous a pris en charge, c’était difficile de ne pas baisser la garde. Il était hors de question qu’on se mette à cuisiner. D’ailleurs ça bouillonnait déjà dans ses casseroles et les vapeurs qui s’en échappaient nous faisaient saliver. On aurait dit que nous étions déjà attendus. Elle nous a installé dans les chambres, puis nous a apporté une bassine avec de l’eau chaude pour nous laver avant de passer à table. Une fois rassasiés, elle nous a envoyé à la sieste pendant qu’elle s’occupait des enfants. Et au réveil, elle nous a fourni une garde-robe complète en laine.

« Maman, papa, pourquoi vous êtes habillés comme ça? » nous demandaient nos garçons. « Euh… » « Nous, on veut pas être déguisés en roumains! » C’est à dire qu’avec Lucia, nous n’avions pas vraiment le choix. Elle tourbillonnait autour de nous et de ses casseroles. Rien ne lui échappait. Elle était tellement gentille et prévenante. Et ça faisait du bien de se relâcher. Décidément, le voyage prenait bien soin de nous.

Lucia apporte une tasse de thé pour soigner la virose à Sandra.

C’est que ses enfants étaient tous partis loin. Ils travaillaient dans les champs du sud de l’Espagne. Régulièrement elle et sa fille s’appelaient. Sa fille qui avait notre âge parfois pleurait au téléphone et Lucia était vraiment inquiète. Ses enfants et petits-enfants lui manquaient. Nous avions l’impression qu’elle nous prenait en charge comme ses propres enfants.

Pourtant Lucia aussi aurait eu besoin d’attention. Elle trainait avec elle un poignet malade comme un corps étranger. Elle nous montrait des radios. On y voyait une méchante fracture radiale. Et malgré un plâtre posé il y a 9 mois, l’os ne s’était pas consolidé. La douleur était lancinante à longueur de journée, mais elle refusait d’envisager une nouvelle prise en charge de son bras. Qui allait s’occuper de la maison et de son mari si elle avait le bras à nouveau plâtré? Mais surtout, personne n’imaginait Lucia immobilisée à se tourner les pousses. L’idée même lui semblait insupportable.

La récolte de maïs était bonne cette année.

Les gens dans cette partie de la Roumanie possédaient tous d’énormes jardins potagers. Lucia et Patru ne faisaient pas exception à la règle. Eux aussi avaient leur basse-cour. Manu et Leeroy se chargeaient d’aller récupérer les œufs frais deux fois par jour. Il y avait aussi deux énormes cochons ainsi que quelques moutons. Dans la pièce principale, où Lucia cuisinait et nous mangions, une trappe menait à une cave creusée dans la terre. Une vraie cave d’Ali Baba, remplie à ras bord de pots de confitures, compotes, sauces, légumes vinaigrés, tonneaux à choux, fromage et du vin et de la gnole maisons qui suffiraient à noyer un éléphant. L’hiver pouvait arriver, Lucia et Patru étaient parés.

C’est que l’argent manquait cruellement dans la plupart des ménages de cette région. La pauvreté se répercutait même sur les chiens de garde: comparés à ceux de Serbie, les chiens d’ici semblaient rikiki, mais remplissaient néanmoins parfaitement leur rôle. De plus le gouvernement avait raboté les retraites d’un tiers (!) récemment. Alors le jardin et les quelques bêtes leur permettaient de vivre pratiquement en autarcie et de pleinement occuper leurs journées.

Patru assemble la tôle pour réparer le toit.

Patru était boulanger à la retraite. Mais il continuait à faire ses galettes de pains fraiches tout les jours. Quel délice! Elles accompagnaient parfaitement les choux farcis, ragoûts, frites, saucisses et fromages que nous servait Lucia. En cette période il était occupé à réparer le toit. Un ouragan avait récemment endommagé la plupart des toitures du village. Il assemblait des bouts de tôles, d’anciennes plaques d’imprimerie, pour en faire des panneaux afin de recouvrir les trous. L’occasion pour Patrick de mettre la main à la pâte.

Pendant ce temps Sandra s’occupait de la lessive. C’est à dire: faire le feu, chauffer de l’eau dans le chaudron, faire mousser le savon dans la machine et rajouter le linge. La machine sautillait joyeusement sur la dalle devant la maison pendant une heure, la mousse s’échappait par toutes les fentes. A la fin il ne restait plus qu’essorer à la main et pendre le linge. Le vent qui soufflait s’occupait de faire sécher.

Les oies de Negoi.

Trois jours aux petits soins de Lucia ont suffit à nous remettre sur pieds. Nous avions repris un peu de couleur et de consistance dans les joues. D’ailleurs au bout du troisième petit déjeuner gargantuesque Manu remarqua: « En Roumanie il n’y a pas de petits-déjeuners, il n’y a que des grands-déjeuners! » Nous commencions à sentir l’appel de la Mer Noire et nous étions prêt à avaler les quelques 500 km qui nous en séparaient.

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1 comment to Negoi – Chez Lucia et Patru

  • Salut à vous 5,
    c’est toujours un réel plaisir de suivre vos aventures trépidantes.
    Je voulais vous souhaiter un très bonne année 2011 et une très bonne continuation pour votre périple jusqu’à Hanoï.
    Grosses bises.
    Marc

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