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le dimanche, 06 mars 2011 à 21:40

Negoi/Calarasi – Quotidien de famille cycliste en Roumanie


Pommes et noyaux de pêche.

Le vent dans le dos nous sommes repartis de chez Lucia et Patru avec multes provisions. Un pot de confiture de pruneaux, des tomates en bocaux, des œufs et du fromage frais. Nous devions apprendre à gérer nos stocks, la générosité des Roumains dépassant l’entendement. A chaque fois que nous nous arrêtions, que ce soit pour la pause pipi, pour manger ou pour la nuit, nous recevions des fruits, des légumes, des oeufs… un à trois kilos par jour. La saison de récolte des tomates et des poivrons battait son plein et celle des raisins débutait. Ella, à l’arrière bien calée dans sa chariole et à l’abri de nos regards, ne se génait pas pour se servir seule dans les cabas pleins à ras bord. A notre étonnement, elle raffolait particulièrement des tomates. Plusieurs fois nous la retrouvions lors de nos arrêts dans la charriolle, barbouillée de tomates plein le visage, rayonnante, avec cet air d’innocence si craquant propre à son âge.

Traversée d'un village roumain.

Ces denrées tombaient à pic: dans les petites épiceries des villages, il était difficile de trouver des produits maraichers. Notre repas de base se composait de polenta, déclinée sous toutes les sauces et à toutes les épices: à la cannelle, la cardamome, l’étoile d’anis ou au caramel agrémenté de compotes de fruits pour le petit-déj, à la sauce tomate ou aux poivrons grillés avec de l’ail et couronné d’oeufs au plat pour les autres repas. Les trous, nous les remplissions avec des plaques de chocolat Milka. Avec ce régime, nous avancions désormais avec une moyenne de 50 à 60 km/jour.

Sandra suivie par une colonne de voitures.

Les routes, contrairement à ce que nous nous attendions, étaient peu fréquentées par les voitures ou camions. Les villages étaient pittoresques, colorés, vivants. Malgré le profil plat, le chemin était tout sauf ennuyant: activités de récolte, bergeries, marécages, puits dédiés, serpents écrasés… les occasions étaient légions pour s’arrêter, distraire et instruire les enfants. Des nuées d’oiseaux migratoires piaffaient dans les arbres au-dessus de nos têtes, s’envolaient des champs de maïs et des rizières à notre passage et effectuaient des vols acrobatiques groupés. La Roumanie avait pour nous le goût de la douceur de l’eau de ses puits.

Récolte de maïs.

Le 4 septembre Leeroy fêtait ses 4 ans. C’était aussi un jour comme les autres et nous devions continuer à pédaler malgré la pluie. A midi nous tombions sur une petite épicerie mieux pourvue que d’habitude avec en plus un petit choix de jouets chinois. Une trousse d’école Spiderman, un petit puzzle dinosaure, une plaque de chocolat Milka et des petits suisses pour le dessert marquaient le coup. Leeroy, du haut de ses quatre ans, comprenait bien que le choix des jouets dans les vitrines n’étaient plus le même depuis bien longtemps… Heureux, il partageait son chocolat avec son frère.

Peu après la pause de midi, nous devions encore nous arrêter pour allaiter Ella. Une femme de quarante ans sortait d’une jolie maison attenante avec sa fille.  Si ce que nous faisions là leur était bien étrange, une chose était claire pour eux: pas question que nous continuions à pédaler sous la pluie. Ainsi dit ainsi fait, nous nous retrouvions dans la maison de ses parents presque nonagénaires. Elles étaient venues ce weekend du village voisin pour les aider à trier la récolte de maïs et à la mettre à l’abri. C’était aussi le moment de goûter le vin qui sommeillait dans les barriques en chêne depuis un an et de le transvaser dans des amphores en verre. Lucia était ingénieure agronome et avait en mémoire de beaux restes de français appris à l’école. Elle travaillait pour la commune et son mari était fonctionnaire dans le service régional de l’emploi (ou du chômage, c’est selon). Malgré leurs emplois stables, toute la famille, y compris les grands-parents, travaillait dur aussi dans leurs champs et leur petite entreprise agricole pour joindre les deux bouts.

Chez Alexandra (qui porte Ella) et Lucia (à coté) et le grand-papa.

Pour les garçons et en particulier pour Leeroy en ce jour d’anniversaire, la surprise du jour c’était Alexandra, la fille adolescente, qui jouait beaucoup avec les garçons et nous permettait de nous reposer. Une fois de plus, Leeroy en tombait instantanément amoureux!

Ragaillardis, nous sommes repartis le lendemain sous le soleil et avalions les quelques 50 km qui nous séparaient de Corabia, la prochaine ville en deux petites heures. La perspective d’une douche chaude et le fait d’avoir ajusté la pression dans les pneus nous avaient gonflés à bloc! De plus les villageois était endimanché et rassemblé sur les terrasses des nombreux cafés des villages le long de la route. Et à notre passage c’est tout le monde qui se levait en bloc avec une clameur digne du Tour de France!

Une bergerie le long de la route.

La pluie et le froid avaient cédé à l’été indien qui allait nous accompagner pour la suite du voyage à travers la Roumanie. Il n’y avait plus qu’une douche chaude pour nous combler. Les enfants avaient attrapé des puces, à force de jouer avec les chatons et courir après les volailles des basses cours qui remplaçaient désormais les places de jeux. Nous avions aussi un petit souci avec les cheveux de Manu, qui étaient tombés sur une petite zone de l’occiput et peinaient à repousser depuis la Hongrie… Et surtout et malgré nos trois jours chez Lucia et Patru nous sentions encore le poids des kilomètres effectués depuis Belgrade. Nous profitions de nous arrêter quelques jours dans un petit hôtel dans cette petite ville au bord du Danube.

Repas de midi dans un abris à bus.

Peu après notre arrivée et alors que nous allions monter nos bagages à la chambre, nous avons croisé une dame d’une cinquantaine d’années qui allait diner à l’hôtel avec ses amis en ce dimanche. Sans hésiter et avec une certaine autorité, elle nous a invité à nous asseoir à table et a commandé pour nous un repas complet, qu’elle nous a généreusement offert. Tout le long de ce repas mémorable, elle s’est occupé de nous: pour donner à la cuillère la soupe aux enfants, leur couper la viande, réclamer aux serveurs les plats qui se faisaient attendre, servir à boire… Nous découvrions ébahis et incrédules une Roumanie à l’image d’un de nos meilleurs amis roumains: généreuse, exubérante, tactile, avec une envie infinie de communiquer. Et partout où nous passions ce n’était pas un simple bonjour qui nous accueillait, le bonjour ici allait par paire: « Buna ziua, buna ziua!! »

La vue sur le Danube depuis notre balcon d'hôtel à Corabia à l'heure de cuisiner le souper.

Progressivement les conditions durant le voyage étaient devenus de plus en plus simples, voir parfois précaires. Parachuté ici aurait peut-être été difficile. Mais à notre rythme, la transition avait été plus ou moins douce et nous avait laissé le temps de nous adapter. Néanmoins nous profitions de cette pause pour contacter nos familles et nos amis par internet, nous draper dans des draps blancs, nous couvrir d’un duvet qui sentait bon la lessive, être entre nous. Retrouver quelques repères faisait du bien. Nous profitions de nous promener en ville et sur la grande place de jeux, visiter le petit musée d’archéologie local (les romains semblaient aussi apprécier la région) et de cuisiner nos stocks de nourriture sur le balcon de notre chambre d’hôtel avec vue sur le Danube. Au bout de quatre jours nous sentions à nouveau l’appel de l’aventure et de la Mer Noire qui s’approchait de plus en plus.

En ce qui concerne les cheveux de Manu, rien de grave. Comme un ami spécialiste en la matière nous suggéra (il est utile d’avoir des amis spécialistes en tout genre à contacter lors d’un tel périple…), la perte de cheveux était liée à la pression de l’occiput sur le dossier de la carriole. Un coussinet permettait de résoudre le problème et à ces cheveux de repousser.

Sandra et Leeroy chez Mihai et Mirella à Seaca.

La prochaine étape nous trouvions refuge chez Mihai et Mirella, un couple d’agriculteurs qui avait deux enfants adolescents. Ils possédaient un tracteur qu’ils louaient à la petite semaine pour labourer les champs communaux ou pour des transports. Ce tracteur était leur seule source de revenu d’argent. Contenter leurs deux enfants adolescents avec ce maigre salaire, irrégulier de plus, était une tache ardue. Les clips musicaux internationaux étaient là pour leur rappeler sans cesse leur condition de paysans roumains. Le repas était frugal. Pour la première fois de ce voyage, nous sentions que de laisser un peu d’argent pour la nuit serait le bienvenu.

Par la suite, plusieurs petites villes se succédaient et nous nous offrions le luxe de quelques nuits d’hôtel d’affilées. Un jour, un chien blanc s’est mis à nous suivre à la sortie d’un village et il nous a accompagné pendant une dizaine de kilomètres avant d’abandonner épuisé au prochain village. Dommage, il nous manquait parfois un compagnon de route à notre équipée.

Dimanche après-midi, bavardage entre voisins et amies devant le portail de chez Eugen et Maria.

Ce dimanche-là, nous décidions de demander le gîte à un petit groupe de retraités assis convivialement devant le portail d’une maison. Après avoir examiné la possibilité de monter la tente dans leur cour, ils nous ont invités à dormir à l’intérieur. Nos hôtes, Maria et Eugen, avaient passé 80 ans. Leurs enfants avaient depuis longtemps quitté la demeure familiale. Le confort de leur maison était rudimentaire mais propre. Et quelques détails raffinés, comme une cuvette de toilette rabattable recouverte d’un carton propre, une pompe dans le puits avec un réservoir d’eau en hauteur, un moulin à grains ou un four à pain rappelaient qu’Eugene était ingénieur de métier. Aussi avaient-ils les plus belles volailles, dont de magnifiques pintades, que nous avions vu jusqu’à présent! Nous sommes repartis avec le plein d’œufs, un gros pot de miel maison et 2 kg de raisins offerts par les voisins curieux.

Chez Maria et Eugen à Greaca. Latrines avec siège rabattable recouvert d'un carton propre et confortable (ça ne pique pas comme la moquette).

La petite ville de Oltenita était notre prochaine étape. Nous y sommes restés deux jours, séduits par son excellent petit resto libano-roumain. C’est là que nous avons rencontré un père et son fils qui insistaient pour qu’on vienne dormir chez eux. Peu motivés au départ, car le village se situait à cinq kilomètres en arrière et légèrement en amont, nous nous sommes finalement laissé convaincre. Nous avions le temps, non?

Nous y étions accueillis par sa femme et ses deux enfants étudiants. Le père, gardien du port au bord du Danube, arrondissait ses fins de mois en revendant d’énormes poissons pêchés pendant ses nuits de garde. Pendant l’été, il s’occupait du système d’irrigation des rizières communales. Sa maison était coquette, il y avait du carrelage au sol et devant la maison une magnifique pergola où nous dégustions les succulents repas préparés par sa femme. Une diversion bienvenue à notre polenta quotidienne.

La nuit a été bonne. Le poisson sera vendu à un commercant de la ville.

Le lendemain nous avons battu notre record kilométrique et pédalé presque 90 kilomètres jusqu’à la prochaine ville, Calarasi. C’est là que nous allions traverser pour la dernière fois le Danube et à ce rythme filer droit vers la Mer Noire en deux ou trois jours… croyions nous ! Mais les choses sont rarement aussi simples qu’on le croit…

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1 comment to Negoi/Calarasi – Quotidien de famille cycliste en Roumanie

  • josiane

    Vos reportages sont des plus intéressants et j’admire votre extraordinaire courage à braver routes et campagnes par tous les temps. Un bel exemple et BRAVO à tous. Bonne continuation.

    Josiane

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