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le mardi, 05 juin 2012 à 10:53

Izmir/Selcuk – Entre rêves, désillusions et extase

20 Mars 2011-22 Mars 2011

Coucher de soleil sur la côte turque

Chez Mehmet, le père

Nous n’avions pas envie de nous attarder à Izmir. Certainement que cette ville avait pleins d’atouts à proposer, mais ce n’est pas facile d’arriver après Istanbul… De plus il y avait surtout l’appel du voyage et de la route qui se faisait à nouveau fort et impatient! Cinq mois que nous n’avions plus sérieusement pédalé, après un séjour d’un mois à Istanbul, 3 mois à Madagascar, puis de nouveau un mois à Istanbul.

Le départ d’Izmir était marqué par une grande manifestation kurde, qui pour le moins était, disons, bien encadrée… Des fourgonnettes de forces armées jusqu’aux dents dans tous les coins de rues, des barricades de gradins, des véhicules antiémeutes avec des lances à eau en embuscade. Et de tout les côtés affluaient en foule des familles kurdes. Elles scandaient des slogans et chantaient au son de la liberté. Leurs couleurs vives contrastaient nettement avec la tenue habituellement plutôt terne de la majorité turque.

Quant à nous, la mobilisation massive des force de « l’ordre », nous dissuadait clairement d’assister avec les enfants à ce qui ressemblait de loin pas à une énorme fête de village. Nous passions donc notre chemin.

Une journée de vélo tranquille en terrain plat. Après avoir renoncé à dormir dans un hôtel cher et sans charme, nous avons trouvé à nous loger dans une « Cay evi » (maison de thé) de Güzelbahçe, un village au bord de mer. Mehmet y passait ses journées. Les maisons de thé étaient le terroir des hommes. Un verre de thé noir à portée de main, ils passaient des heures à jouer à une sorte de rami avec des dominos, à fumer des cigarettes et à croquer des morceaux de sucre cristallin. C’était le centre névralgique d’emblée visible dans chaque village.

A table avec Mehmet à Güzelbahçe.

Mehmet était cinquantenaire, il marchait lentement et avec difficulté à l’aide d’une béquille, mais son esprit était vif et organisé. Après avoir acheté du poisson, il nous emmenait chez lui dans une ancienne maison de pêcheur où il louait un petit appartement à l’étage. La pièce principale était chauffée par un poêle à bois dont le rayonnement était bienvenu en ce début de soirée bien cru. Mehmet se montrait extrêmement attentif à notre confort et nous proposa de prendre une douche avant de s’éclipser un moment.

L’attitude de Mehmet avait d’emblé quelque chose d’étrange. Il nous gâta avec cette touche d’excès qui nous faisait sentir que nous étions dans un rôle malgré nous. Comme un vieillard qui sentait sa mort proche, il voulut nous transmettre une foule d’objets d’usage quotidien, comme des serviettes de bain, des éponges, des tasses, des cuillères à thé, des assiettes, du sucre, du thé…

Il me rappela le personnage du père Goriot de Balzac. Ce vieillard ayant une première partie de vie riche et heureuse en famille et qui peu à peu perdit tout et tomba dans la misère en sacrifiant ses derniers deniers pour ses filles, afin qu’ elles l’aiment en retour et ne l’oublient pas.

La chambre des enfants à Mehmet, devenue la notre le temps d'une nuit.

Nous comprenions qu’il vivait seul ici depuis son divorce. Sa femme était partie après une succession de déboires professionnels qui avait eu raison de sa situation économique. Elle était coiffeuse et encore très belle sur la photo qu’il conservait d’elle précieusement.

Ils avaient eu deux filles. L’ainée avait pris le parti de son épouse et il avait perdu le contact avec elle à son grand regret. La cadette, âgée de 18 ans, venait à peine de quitter la maison. Enceinte, elle était jeune épouse.

La chambre de ses filles, juste séparée du salon par une cloison en partie vitrée, était petite et sans fenêtre. Dans la commode à moitié ouverte, des habits d’adolescentes abandonnés. Quelques posters sur les murs. Elles semblaient être parties hier.

Nous dormirions là sur le lit à étage.

Dans la pièce de séjour, un lit sans drap posé devant un écran de télévision. Derrière le lit, des boites de médicaments s’accumulaient, éparses. Mehmet était diabétique et sortait de plusieurs mois de convalescence qu’ il avait du gérer seul à la maison.

Le repas fut excellent et royal. Mehmet appela à plusieurs reprises sa fille cadette comme si quelque chose d’extraordinaire lui était arrivé. Pendant que nous dormions, tard dans la nuit, celle-ci arriva avec son mari. Nous entendions leurs chuchotements mêlés au son de la télévision constamment en marche. Ce n’ est que le lendemain que nous comprenions que Mehmet les avait convaincu de ne nous accueillir à la prochaine étape.

Photo d'adieu avec Mehmet et la carte du monde.

Au moment de la photo d’adieu, Mehmet décrocha du mur une immense carte du monde en papier cartonné qu’ il offrit aux deux garçons.

Cette carte nous accompagna jusqu’ à Hanoi et resta un objet de valeur pour les deux frères. Leeroy a partir de ce moment développa une passion pour la géographie. Une manière de s’approprier le voyage et de gérer l’angoisse des départs successifs. Nous ne le savions pas encore mais le voyage était pour lui à la fois attrayant et déstabilisant.

Mehmet avait pris soin de nous comme un père et nous laissa partir le cœur léger… chez sa fille.

Chez la fille de Mehmet

La route le long de la côte.

C’était toujours agréable de savoir où nous allions loger le soir. Cependant nous avions sous-estimé la difficulté que représentait la côte méditerranéenne turque! Une succession de criques en montagnes russes qui doublaient la distance en vol d’oiseau. Aussi Patrick semblaient être en grande méforme ce jour-là. Et une fois n’est pas coutume, je le distançait à perte de vue dans une montée. Soudain, une voiture me dépassa en me klaxonnant. A l’arrière deux têtes blondes me saluaient joyeusement. Manu et Leeroy!!! Dans une de ces côtes dont on ne voyait pas la fin, un automobiliste avait eu pitié de Patrick et comme j’étais loin devant, il avait pris les garçons dans sa voiture pour me les amener en haut du col. C’est une fois arrivé en haut que Patrick remarqua le patin à frein qui appuyait de toute ses forces sur la jante et résistait tant à ses coups de pédales… Mieux vaut s’en rendre compte tard que jamais!

Il était presque six heures du soir quand nous atteignions épuisés la ville balnéaire d’Ürkmez. En mars, les activités tournaient vraiment au ralenti et la ville était vide, du moins de touristes. Le mari vint nous accueillir à vélomoteur. Dans le deux-pièces coquet, quelques meubles récents. Sur les murs, des photos du mariage.

Arrivée chez la fille à Mehmet.

Nous mangions un repas simple posé sur une nappe à même le sol. Un ami du couple nous accompagna tout en regardant un match de foot. L’atmosphère était tendue. Le mari nous fit comprendre qu’il n’avait pas le sou. A peine plus de 25 ans, il bossait avec son père dans le seul garage de la ville. La fille de Mehmet était enceinte de deux mois, elle avait du interrompre une scolarité qu’elle investissait peu. Ils s’étaient mariés rapidement à cause de l’enfant à venir et le mari était inquiet pour leur avenir.

Il rêvait de partir à l’étranger pour avoir une vie meilleure et comptait un peu sur nous. Il espérait que nous puissions leur rendre la pareille en leur organisant les permis et en les accueillant en Suisse.

La fille de Mehmet et son mari

Nous étions un peu désolé de les faire déchanter sur cette perspective d’avenir et la possibilité de trouver un boulot en Suisse même si sur le principe, il était évident que nous les accueillerions à bras ouvert s’ils venaient à voyager. Le silence s’installa. Le jeune homme testa encore une fois notre devoir de loyauté mais nous ne pouvions pas lui donner de faux espoir.

Je repensais alors à Mehmet et à leur visite au milieu de la nuit, peut-être dans l’espoir de saisir une chance d’avoir un contact en Suisse. Nous essayions vainement de leur faire comprendre les règles suisses qui rendaient une immigration économique avec leur niveau d’éducation quasi impossible, que nous ne leur serions d’aucune aide pour obtenir un permis et que leur avenir était peut-être encore et toujours en Turquie, qu’ils vivaient dans un pays en pleine mutation, dans une station balnéaire…

Hameau de caravanes au bord de la côte méditerranée

Ils ne manquaient fondamentalement de rien et leur appartement était certes petit mais salubre et même coquet. Mais avions nous raison de ne pas cautionner leur rêve? Enfants d’immigrés de deuxième et troisième génération, nos aïeux avaient aussi bousculé leur destinée et étaient parti pour des raisons économiques. Pour le meilleur et pour le pire.

Il était sur le moment parfois difficile de faire la part et de concilier la culpabilité et l’égoïsme du nanti, le droit à l’autodétermination et à l’égalité des chances de chacun, le devoir de loyauté découlant de l’accueil qui nous était fait à chaque occasion… ainsi que la réalité du terrain que l’on pouvait ressentir comme trop souvent injuste. Où était-ce là encore une énième stratégie pour se déculpabiliser?

L’arrivée de nuit a Selçuk

De nuit sur la route près de Selcuk

Le lendemain fut encore une journée difficile. Ce serait la dernière journée le long de la côte, décidément trop ardue pour notre niveau de forme post-hivernale. Nous étions un peu découragé après plus de 5 heures de vélo de ne pas être au bout de nos peines. Les criques se succédaient, les unes plus belles que les autres mais les villages semblaient pratiquement morts. De temps en temps sortaient de nulle part des complexes immobiliers d’un blanc immaculé semblant eux aussi étrangement inhabités qu’inaccessibles pour nous.

Les dix derniers kilomètres en ligne droite dans le delta d’un fleuve, je suivis Patrick au radar, seule une petite portion de route était éclairée. Les enfants s’étaient endormis malgré la faim. C’était dans ces moments-là que le voyage prenait des aspects quasi mystiques. Notre caravane perçait l’obscurité de la nuit. Nous étions seuls. Le corps ne souffrait plus, l’esprit n’avait plus la force de se plaindre, le temps semblait s’être arrêté. Il n’y avait plus que nous, le pédalage et une sensation délicieuse de planer dans cet effort enivrant.

Il était près de 20 heures quand nous entrions dans Selçuk. Un bref arrêt au kiosque pour palier à la fringale, la visite pour comparer de deux auberges contigües, négocier le prix. Ouf, enfin, la pression pouvait se relâcher. Douche, repas, dodo.

Nouveau: désormais il y a une musique associé aux photos! Cliquez sur « undefined » en-dessous puis appréciez!

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