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le lundi, 27 février 2012 à 07:05

Istok ou Le Cadeau du Voyage(ur)

Nino et Sandra au restaurant de notre tante.

En un mois à Hanoi nous nous sommes bien acclimaté à notre nouvelle vie sédentaire. Les sensations du voyage sont déjà bien loin de nous. Les vélos, bien que prêts à l’emploi, n’ont fait qu’une seule mais remarquée apparition en ville de Hanoi. La circulation y est pour beaucoup. Le temps froid et humide avec un ciel plombé par un crachin perpétuel est une autre raison. Dans cette grisaille, Istok est venu ajouter quelques couleurs dans notre nouveau train-train quotidien le temps d’une demi-lune.

Tout au début de notre séjour à Hanoi, Nino, un cyclo-voyageur suisse que nous avions rencontré en Ouzbékistan l’année passée et avec qui nous y avions fait un petit bout de chemin, a créché chez nous avant de repartir pour le Laos. Sur son chemin il a croisé un cycliste qui venait en contresens et à qui il a donné notre nouvelle adresse hanoïenne.

Aussitôt nous avons reçu un message d’Istok, nous demandant l’hospitalité. Et quelques jours plus tard, il a débarqué devant notre maison, ma fois plein de boue de la tête au pieds, sans parler de son vélo et de ses bagages. Déjà le voisinage me lançait des grimaces désapprobatrices et secouait la tête derrière le dos d’Istok. Quand on connaît la propreté presque maniaque des vietnamiens, évidemment, ce martien débarquant de nul part, à vélo et couvert de boue ne faisait pas très bonne impression…

 

Istok et les garçons pèlent les patates sous le regard attentif d'Ella.

Un bon coup de Karcher sur le vélo et les bagages, ainsi qu’une bonne douche chaude sur l’homme plus tard et nous étions prêts à découvrir qui se cachait sous le turban et derrière cette grosse barbe qui impressionnait réellement Ella. Istok était d’origine slovène ou plutôt de la tribu slovène ou alors encore yougoslave, comme il aimait à se définir. La barbe, c’était pour forcer le respect des gens à qui il avait à faire dans le quotidien du voyage.  Du haut de ses 37 ans il était parti en voiture il y a quatre ans pour entamer un grand voyage depuis Ljubljana jusqu’en Mongolie. Après un bref retour à la maison il a échangé sa voiture contre un vélo et est reparti aussitôt pour un tour du monde, qui au cours des trois dernières années l’avait déjà mené à travers les Etats-Unis, l’Amérique Centrale et du Sud, l’Australie, la Thaïlande jusqu’à… Hanoi.

Ella et Leeroy, conquis par tonton Istok.

Istok était le genre de personne avec une opinion. Une opinion sur tout ou presque. En quatre longues années de voyage (et sans doute déjà avant) il avait eu le temps de réviser son B.A. BA: histoire, philosophie, musique, cinéphilie, géopolitique, développement durable, les femmes. On pouvait le brancher sur tout, il mordait et avait de la répartie. Et des histoires à raconter il en avait pleins. Pour chaque endroit, pour chaque saison. Nous étions balancé d’un endroit du monde à l’autre. C’est Istok qui menait la valse et nous étions content de nous laisser bercer. Nous reconnaissions des endroits que nous avions passé et alors nous nous enflammions avec lui, ou alors nous avalions ces paroles avec délice, une tasse de ce café vietnamien si typiquement parfumée, chocolatée, entre les mains.

Istok l'enthousiaste.

Nous échangions nos petites anecdotes, ces petites histoires risibles. qui faisaient le charme du voyage, qui faisaient que nous avions des trucs à raconter au retour. Ces rencontres impromptues, au détour d’un coin de rue, alors que nous pensions continuer tout droit et qui soudainement, dans un moment de folie nous faisaient virer de bord, nous lancer dans l’inconnu, la magie de la rencontre.

Tel ce héros colombien de l’impossible, de l’inutile, qu’Istok avait rencontré à Trujillo au Pérou. Lazaro, un homme sans le sou qui voyageait depuis la nuit des temps en Amérique du Sud avec sa chaise roulante. Il essayait de rallier l’Argentine. Mais pour pouvoir prendre le bus il lui fallait récolter quelques sous. Pour cela il s’était mis en tête de battre le record du monde d’endurance en chaise roulante: 34 heures de course sans interruption…

Istok l'engagé.

Dans une auberge pour voyageurs Lazaro essayait  de convaincre quelques acolytes de l’accompagner dans sa conquête de l’impossible. Sans grand succès. Chacun semblait pris dans ses propres petits soucis du voyage, prêt à repartir vers d’autres cieux. Sauf Istok qui trouva de l’extraordinaire dans le dévouement de se monsieur. Istok fini par convaincre quelques voyageurs, qu’un tel don de soi, une telle débauche d’énergie, méritait bien un peu d’attention. Que sont quelques jours de voyage anodins par rapport à l’accompagnement d’un héros dans l’accomplissement d’un pareil exploit?

Des affiches furent cloués dans toute la ville. Des sponsors recherchés. L’hôtel de luxe du coin mis a disposition les toilettes ainsi qu’une table sur la terrasse (café compris) pour le comité d’organisation, le temps de l’événement. Ca me rappelait Benoît Poelvoorde dans « Les Convoyeurs Attendent », à la poursuite d’un rêve. Aussi inutile et futile qu’il pouvait paraître, pour Lazaro ce défi représentait tout en ce moment même. Selon Istok, un bon millier de personnes assistèrent à l’arrivée victorieuse du champion!

Istok et la photo d'adieu avec tante Thu et grande soeur Hai, qui habitent juste en face de chez nous.

Manu, Leeroy et Ella, nos enfants, d’abord intimidés par sa barbe et sa voix ténébreuse l’hébergèrent dans leur chambres, puis rapidement dans leur cœur aussi. Istok avait cette exubérance débordante, cette spontanéité, cet enthousiasme, qui nous avaient tant plu dans les Balkans et qui nous rappelaient un ami cher de la Suisse lointaine. C’était un parfait conteur itinérant. Un conteur certes, mais qui savait écouter aussi avec grande sensibilité. Mais il y avait autre chose.

Après dix jours animés passés à la maison, nous avons accompagné Istok à travers le chaos de la circulation de Hanoi vers la sortie de la ville, en direction de la Chine. Nous l’avons laissé de l’autre coté du Fleuve Rouge. Au retour, sur le pont du style d’Eiffel datant du tout début du 20ème siècle, c’était peut-être le « tacatac » rythmé des jointures métallique que nous traversions avec notre vieux scooter Honda Cub qui m’hypnotisait. Je reconnus en Istok cette liberté et cette paix de l’esprit, de l’être, que nous rencontrions parfois chez les cyclo-voyageurs au long cours. Ce détachement, cette capacité de pouvoir s’émerveiller pour des petites choses, des choses simples, mais si saines et gratifiantes, de pouvoir saisir le bonheur la où il se trouve, c’est-à-dire ici-même. C’était le cadeau du voyageur. C’était un des cadeaux que le voyage nous avait fait à nous aussi. La présence d’Istok nous l’a fait prendre conscience.

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1 comment to Istok ou Le Cadeau du Voyage(ur)

  • Linda

    Magnifique récit, j’en ai les larmes aux yeux…..
    Je me réjouis de lire les prochains récits de votre vie au Vietnam, souvenirs, souvenirs pour moi qui y ai passé un mois (seulement) en 2002/2003 en solo. J’ai eu un coup de coeur pour Hanoi d’ailleurs. Je suis maman de 3 enfants en bas âge (6, 4 et 2 1/2), et je rêve de pouvoir les emmener vivre quelques aventures en Asie avec mon mari, ex-grand voyageur. Les enfants nous retiennent un peu, on attend qu’elles soient un peu plus grandes pour que ce soit plus facile pour nous surtout. Je suis bien attirée par le fait de louer un appartement, un bungalow ou autre et d’y vivre 1 mois ou plus, enfin à voir, pour l’instant on rêve ! :O) Profitez-bien !
    Une admiratrice (de la région lausannoise)

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